Archive pour avril 2010

Nous y sommes… La crise générale de l’ultralibéralisme est entrée dans une nouvelle phase, qui va conduire à l’éclatement de la zone euro. Tout y conspire : les illusions premières sur la prétendue « monnaie unique », la rigidité des textes, l’aveuglement des gestionnaires du système, l’attentisme des dirigeants de l’Union européenne, les préoccupations partisanes d’Angela Merkel (1), la cupidité des spéculateurs, le rôle qu’on a laissé jouer aux agences de notations…

Je ne me réjouis pas. Les oligarques français et européens sont des lâches et rien n’est plus dangereux que des lâches en proie à la panique. La peur des spéculateurs (les « marchés »), est une peur abstraite, qui n’empêche pas ces messieurs et ces dames de dîner en ville et de passer d’agréables fins de semaine dans leur maison de campagne. Ils ne se rendent pas compte que la politique de déflation qu’ils imposent en Grèce, au Portugal, en Espagne, est effectivement meurtrière : de combien de suicides sont responsables MM. Trichet, Strauss-Kahn, Lamy ? Lire la suite de cette entrée »

Voici quinze jours, je souscrivais à la désolation décrite dans le rapport du Médiateur de la République. Aujourd’hui, je veux communiquer mon enthousiasme pour ce qui se prépare en réplique à ce que nous subissons. Faisons le point.

Depuis le début des années quatre-vingt, les ravages de l’ultralibéralisme ont été consignés et dénoncés par des chercheurs que nos lecteurs connaissent bien. La grande crise qui a éclaté en août 2007 a dépassé les plus sombres de leurs prévisions. Le sauvetage du système financier et la reprise de la spéculation n’infirment pas leur diagnostic : l’idéologie ultralibérale est morte.

A gauche, les dirigeants socialistes n’ont pas conscience de l’ampleur de l’événement. A l’extrême gauche, les chefs de fractions s’en tiennent à des dénonciations désordonnées et imprégnées des utopies anarchiste et communiste de la fin de 19ème siècle. Lire la suite de cette entrée »

Prendre appui sur l’ensemble des principes proclamés à la fin de la deuxième guerre mondiale pour réorganiser le monde et reconstruire les nations mises en péril pour l’ultralibéralisme : telle est la méthode recommandée par Alain Supiot.

Voici une nouvelle critique salutaire. Critique décisive, qui contribue à la pulvérisation de l’ultralibéralisme encore défendu par maints « experts » médiatisés. Critique en vue du salut, au sens gaullien du terme : éminent professeur de droit, chercheur proche de Pierre Legendre, Alain Supiot nous offre à son tour les éléments d’un programme de reconstruction fondée sur un socle juridique déjà entériné par les Nations unies (1).

Quant à l’ultralibéralisme, Alain Supiot reprend maints aspects de la critique classique de cette idéologie mais insiste à juste titre sur l’influence de Hayek, apôtre de l’ordre spontané du marché et ennemi de la justice sociale qui a inspiré par divers épigones Margaret Thatcher et Reagan et justifié l’accaparement des richesses collectives par le haut patronat et les banquiers. Lire la suite de cette entrée »

¡Resistir! La conminación es fuerte. Aún es necesario de ser capaz día tras día, sin mucha esperanza, a pesar de la exigencia y el miedo. La investigación de Natacha Borgeaud-Garciandía permite de renovar la reflexión sobre las condiciones de existencia y de lucha en un sistema de dominación.

Socióloga, especialista de la América Latina, Natacha Borgeaud-Garciandía llevó una larga investigación al lado de obreras y obreros de las maquiladoras de Nicaragua[1]. Sabemos que estas industrias textiles, instaladas en zonas francas en varios países latinoamericanos, cuentan entre las peores invenciones del capitalismo globalizado: producción de masa al costo más bajo, gracias al reclutamiento de trabajadores mal pagos.

Denunciar de lejos este sistema no es suficiente: los ultraliberales tienen la facilidad de replicar que es mejor ganar un poco de plata que no ganar nada. En Nicaragua como aquí, estos realistas agregan que se puede ganar más intensificando la producción y haciendo horas extras. Es cierto. Lire la suite de cette entrée »

A cause des lenteurs de diverses administrations, en plusieurs domaines, une jeune femme au chômage se trouve depuis plus d’un an en situation d’extrême détresse. Plus rien pour vivre. La solitude. La dépression. Les maladies à répétition. La tentation d’en finir. Pour survivre, quelques billets donnés par un ami. Elle s’est reprise à espérer depuis que son inscription au Pôle emploi a été possible, depuis que son droit au RSA a été reconnu. Mais l’allocation tarde à venir. Au bout de trois semaines, elle téléphone à un employé qui lui demande de prendre patience.

- «Ce soir vous dînerez. Moi pas ! », lui a-t-elle répondu.

La réplique était justifiée mais nous pouvons imaginer le stress de l’employé, interpellé, agressé tout au long de la journée et qui ne peut rien faire pour soulager toutes ces misères.

Méfiant à l’égard des généralisations abusives à partir d’une « étude de cas », je n’évoquerais pas ici la situation de cette jeune femme si le rapport du Médiateur de la République pour 2009 ne venait confirmer l’ampleur de la tragédie sociale. Lire la suite de cette entrée »

Après avoir montré et dénoncé la souffrance au travail dans les entreprises soumises aux gestionnaires, Christophe Dejours forge les concepts et indique le processus par lequel le travail bien conçu et pratiqué devient la voie privilégiée de l’émancipation de la personne et de la collectivité laborieuse.

Voici douze ans, la publication de « Souffrance en France » (1) fut un événement, à tel point que c’est depuis ce livre que nous parlons de souffrance au travail et que nous avons appris à en repérer les manifestations – bien avant que les suicides dans les entreprises ne place un court moment cette tragédie au centre du débat public. L’étude d’un nouvel ouvrage de Christophe Dejours (2) permet de vérifier la nature subversive de l’idéologie gestionnaire et l’intelligence perverse de ses adeptes qui ont systématiquement détruit les principes et les modes d’organisation du travail vivant. Lire la suite de cette entrée »

Le sarkoberlusconisme, qu’es aco ? Le néologisme semble annoncer un pamphlet. Tel n’est pas le cas. Professeur de sciences de l’information et de la communication, Pierre Musso attire notre attention sur une nouvelle forme de comportement politique qui oblige à dépasser le traitement sarcastique du sarkozisme. Le supposé président n’est pas un cas unique et aberrant puisqu’il a une sorte de double transalpin, beaucoup plus pervers que l’antiberlusconisme ordinaire ne le laisse supposer.

Les deux hommes n’ont certes pas fait le même chemin : Nicolas Sarkozy est un pur politicien, Silvio Berlusconi a commencé par construire un empire médiatique. Mais, parvenus au pouvoir, tous deux conçoivent leur activisme de manière tellement semblable que cela donne un système inédit, complexe, déconcertant. Leur point de rencontre, c’est la télévision et l’usage qu’ils en font. Lire la suite de cette entrée »

La répression sanglante des manifestations en Iran attire une fois de plus l’attention sur ce pays plurimillénaire qui est appelé à jouer un grand rôle dans les prochaines décennies. Une étude de Jean-François Colosimo (1) nous permet de comprendre la dialectique du religieux et du politique, de la tradition et de la modernité, de la Perse éternelle et du monde contemporain, qui ne cesse de bouleverser cette grande nation.

Complexité de la société persane ? Bien entendu. Etrangeté de cet islam iranien ? Oui, surtout pour des Français qui ne connaissent (plus ou moins…) que les arabo-musulmans du Maghreb. Par la faute de journalistes paresseux, nous ignorons les mille et une subtilités qui font de l’Iran le paradis des dialecticiens. Mais avant d’illustrer ce point, il faut accepter une vérité qui n’est guère discutée : « L’Iran est la religion de l’Iran ». Cela signifie que les Iraniens de toutes tendances ont le sentiment d’appartenir à une nation plurimillénaire et que la plupart ont le souci de son indépendance et de sa grandeur – au sens gaullien du terme. Lire la suite de cette entrée »

Tout comme la fin de l’Histoire dans le marché globalisé, la mort du Politique est un conte à dormir debout. Aux Etats-Unis, en Europe, en Chine, en Russie, la grande crise a fortement souligné le rôle décisif des Etats – démocratiques ou non.

En Amérique latine, une dialectique très complexe lie le Politique et l’antipolitique. Passionnante sur le plan théorique, elle nous concerne pratiquement car l’Europe est elle aussi exposée à un projet de « technicisation moralisante » des enjeux politiques.

Dans les milieux dirigeants, la mode est au « conservatisme compassionnel » et l’on repère depuis peu, dans les discours officiels, un remaniement a minima du concept de fraternité. Le message est simple : nous savons que le peuple souffre et nous n’avons pas d’autre choix que de lui demander encore plus de sacrifices excessivement douloureux ; mais nous plaignons le peuple souffrant et nous tentons de le soulager autant que possible par nos programmes de survie – RMI, RSA et autres allocations de solidarité. C’est ce soin hautement moral qui valide notre rôle dirigeant et les réformes entreprises pour le bien de tous. Lire la suite de cette entrée »

Dans un entretien accordé au Monde le 27 décembre dernier, Emmanuel Todd avait vivement dénoncé la campagne « identitaire » menée à l’instigation de l’Elysée contre les immigrés, les musulmans et les porteuses de burqa.

Sur mon blog (1), j’avais chaleureusement remercié Emmanuel Todd et prolongé mon propos en posant l’hypothèse de l’émergence d’une nouvelle forme de fascisme. Je m’appuyais sur une communication de Robert Paxton (2) qui évoquait un « système d’autorité et d’encadrement » qui serait « pieux et anti-Noirs » aux Etats-Unis, « laïque et antisémite, voire antimusulman » en Europe occidentale. De fait, les sarkozistes ne seraient-ils pas en train de bricoler une idéologie « identitaire » laïque et antimusulmane susceptible de rallier l’extrême droite raciste, la droite xénophobe et une gauche laïciste qui est énervée par les diverses manifestations de la religion musulmane ? Lire la suite de cette entrée »

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