Articles avec le tag ‘lutte des classes’
Dans un entretien accordé au Monde le 27 décembre dernier, Emmanuel Todd avait vivement dénoncé la campagne « identitaire » menée à l’instigation de l’Elysée contre les immigrés, les musulmans et les porteuses de burqa.
Sur mon blog (1), j’avais chaleureusement remercié Emmanuel Todd et prolongé mon propos en posant l’hypothèse de l’émergence d’une nouvelle forme de fascisme. Je m’appuyais sur une communication de Robert Paxton (2) qui évoquait un « système d’autorité et d’encadrement » qui serait « pieux et anti-Noirs » aux Etats-Unis, « laïque et antisémite, voire antimusulman » en Europe occidentale. De fait, les sarkozistes ne seraient-ils pas en train de bricoler une idéologie « identitaire » laïque et antimusulmane susceptible de rallier l’extrême droite raciste, la droite xénophobe et une gauche laïciste qui est énervée par les diverses manifestations de la religion musulmane ? Lire la suite de cette entrée »
Il faut lire Alain Minc. Non pour apprendre quelque chose sur l’économie et la finance. Mais pour savoir comment ça pense, un oligarque. Ou plutôt, comment ça regarde le monde et la société française. Ecoutons Alain Minc comme on écoute une radio ennemie, pour savoir ce qui se trame dans l’élite au pouvoir.
De fait, le personnage est particulièrement représentatif : classé à gauche, ami de Dominique Strauss-Kahn, il est proche conseiller de Nicolas Sarkozy. C’est dire qu’il est à la jointure, au sein de l’oligarchie, de deux tendances de l’ultralibéralisme qui se distinguent par quelques nuances. Dans une production médiatique proliférante, j’ai choisi pour mon coup de sonde acoustique un entretien accordé par Alain Minc au Figaro du 4 janvier.
Nous pouvons y vérifier, en première analyse, que le bonhomme n’a pas changé : « il y a quinze mois, déclare-t-il, l’économie mondiale est passée à un millimètre d’un collapsus certainement plus grave que ce qu’a été la crise de 1929 ». Lire la suite de cette entrée »
Nos forces ? Existent-elles seulement ! A Paris, dans les milieux informés, on affirme depuis belle lurette que nous avons disparu du paysage politique. Reste une feuille de chou… C’est vrai, si l’on estime que les idées et les projets comptent pour rien dans un milieu politico-médiatique où le poids est fonction de l’image, du bavardage moderniste, du capital électoral, du matelas financier.
Ce jugement sans appel devrait nous désespérer. Nous poursuivons cependant notre tâche. Obstination maladive ? L’hypothèse n’est pas à exclure mais en attendant un diagnostic fondé nous nous en tenons à deux motifs. Le premier tient à l’existence de lecteurs d’une extraordinaire fidélité : ils font vivre notre journal, qui entre dans sa quarantième année, et souhaitent que notre aventure continue. Le second tient au fait que notre journal et notre mouvement réunissent maintenant des royalistes et un nombre significatif de sympathisants qui n’appartiennent pas à notre famille politique. Lire la suite de cette entrée »
L’horizon de la présidentielle de 2012 et le piège de la personnalisation du débat
Jacques Sapir
Février 2010
Telle qu’elle se dessine aujourd’hui, l’élection présidentielle de 2012 risque d’être marquée par un trop-plein de candidats compensé par une pénurie de programme. Pourtant, nous sommes depuis l’été 2007 dans la plus grave crise économique que l’on ait connue depuis celle de 1929. Elle se double d’une crise géostratégique et d’une crise environnementale qui, l’une et l’autre, ont des conséquences considérables. Les timides éléments de reprise que l’on constate dans les pays développés depuis la fin de 2009 ne doivent pas faire illusion. Ils ne sont pas durables où, pour reprendre un mot à la mode, « soutenable ».
Cette situation appelle des réponses radicales, et qui pourtant sont de bon sens. Aujourd’hui, être extrémiste c’est être réaliste. Il convient donc de laisser le choc des ego aux magazines people et apparentés. Non que l’on sous-estime la question des personnalités. Elle a sa place dans la définition de ce que devrait être un candidat idéal. Mais elle passe après la question du programme. De cette question, nous avons à peu près un an pour en discuter. Lire la suite de cette entrée »
FRANCS-TIREURS
Deux informations qui n’ont rien de commun doivent être examinées dans le même article justement parce que les faits évoqués se sont déroulés dans deux mondes devenus étrangers.
Fin juin, le Nouvel observateur a publié un entretien avec Nicolas Sarkozy qui a provoqué de l’émoi au Parti socialiste et une vive réplique de la société des rédacteurs du journal contestant la décision et les méthodes de Denis Olivennes, directeur de la publication.
Cette première information, qui a fait couler beaucoup d’encre, n’a selon moi aucune importance. Le Nouvel observateur est un journal intéressant, qui a le mérite de nous renseigner sur ce que pense la gauche oligarchique qui oscille ces temps-ci entre Martine Aubry, Ségolène Royal et Daniel Cohn-Bendit sans jamais perdre de vue Jacques Delors, antique balise émettant par série de sons plaintifs les messages convenables. Lire la suite de cette entrée »
L’entretien qu’Emmanuel Todd a accordé à « La Revue » (1) devrait être l’événement majeur de la rentrée, quant à l’analyse politique et sociale. Les conclusions de ce chercheur mériteraient, dans le milieu médiatique et dans les états-majors de campagne, un débat intense au fil duquel chacun s’efforcerait de faire passer au second plan ses espérances, ses préjugés, ses ambitions électorales pour tenter, simplement, d’y voir clair.
Il est possible qu’Emmanuel Todd se trompe du tout au tout : grâce aux sondages quotidiens, les grands médias reflèteraient l’état d’esprit des « gens », hantés par l’insécurité et souhaitant, à l’exception des extrémistes, les réformes qui mettraient enfin la France à l’heure de la mondialisation. Ainsi, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal incarneraient les deux aspects du renouveau de la vie politique, et le vrai choix serait entre ces deux personnages fascinants qui annoncent la mise à la retraite des dirigeants vieillis et usés – de Jacques Chirac à Laurent Fabius en passant par Lionel Jospin. Lire la suite de cette entrée »
Sur la campagne qui s’annonce, Eric Zemmour a publié (1) une analyse cruelle pour les partisans déclarés du Non au référendum. Pour lui, les jeux sont faits, du moins sur le plan politique.
Voilà qui me paraît probable. Derrière Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, toute l’oligarchie politique fera campagne pour le Oui, de même que les milieux économiques et financiers appuyés par les principaux médias - qu’ils contrôlent.
Face à ce formidable dispositif , qui rappelle celui qui avait été mobilisé pour le « passage à l’euro », ce sont des groupes dispersés qui mèneront avec des mots d’ordre divers et souvent contradictoires la bataille pour le Non. Lire la suite de cette entrée »
Dans la rue, le 19 mars, c’est l’image familière du torrent et de la digue qui vient à l’esprit. L’eau monte, tourbillonne. La digue cèdera : il y a en amont d’énormes réserves qui vont déferler.
Nous ne sommes qu’au début d’une crise mondiale qui va s’étendre et gagner en intensité. Des centaines de milliers de personnes vont rejoindre dans la misère plus de sept millions de nos concitoyens qui étaient les victimes de l’ultralibéralisme quand il était dans sa phase effervescente. Le supposé président et son Premier ministre ne pourront pas résister très longtemps à la pression. Il faudra qu’ils ouvrent des vannes – une augmentation très nette des salaires – afin de retarder l’effondrement final. Mais ils ne pourront pas l’éviter. Pourquoi ? Lire la suite de cette entrée »