La République fédérale n’est toujours pas sortie de son sommeil dogmatique. Alors elle va subir, de plus en plus durement, les effets de l’orthodoxie budgétaire.

L’Allemagne est un pays qui va mal. On ose de moins en moins parler du prétendu “modèle” et la “Chancelière de fer” va laisser derrière elle un champ de problèmes épineux, voire explosifs. Le déclin démographique allemand est ancien, la pauvreté a progressé pendant les années Merkel – elle touche 16,5% de la population – et les déséquilibres entre l’Est et l’Ouest du pays restent très importants. A ces échecs depuis longtemps répertoriés, s’ajoutent de nouveaux motifs d’angoisse ou d’inquiétude.

L’angoisse concerne la Deutsche Bank, énorme établissement privé qui a accumulé 60 000 milliards d’engagements hors bilan – trente fois plus que la dette publique allemande – et qui présente un risque colossal pour la finance globalisée. C’est du pays de l’ordre, de la rigueur, de la discipline… que peut surgir le chaos.

L’inquiétude porte sur les infrastructures du pays. Alors que l’Allemagne dispose d’une épargne domestique considérable (28% du PIB en 2018), ses investissements publics et privés dans les infrastructures sont les plus faibles de toute l’Union européenne. Un tiers des équipements militaires ne sont plus opérationnels, les transports en commun et le réseau routier sont en mauvais état : près de 20 % des autoroutes, 41 % des nationales et 46 % des ponts sont à refaire.

Pire : la production industrielle qui faisait la fierté de l’Allemagne est l’héritage vieillissant et partiellement condamné du siècle dernier. Elle s’accroche à l’automobile – un cinquième de l’industrie nationale – et investit trop peu dans les nouvelles technologies. Au lieu de financer massivement une nouvelle stratégie de développement, l’Allemagne a confié son épargne aux bons soins du “marché” et plus de 40% des capitaux allemands sont partis hors de la zone euro ou sont allés dans le Benelux qui place une grande partie de ses capitaux hors de la zone euro. Si l’on ajoute à cela la faiblesse de la demande des ménages à cause des bas salaires et de la hausse des prix de l’immobilier (+65% depuis 2010), on comprend que la production industrielle se contracte depuis cinq trimestres et que l’Allemagne soit au bord de la récession.

L’Allemagne dynamique et vertueuse, qui oublie toujours qu’elle n’a jamais payé ses dettes au siècle dernier, se glorifie de son excédent budgétaire, de ses exportations, de son faible taux de chômage. Mais ce dynamisme exportateur est dépendant de la demande mondiale et cette vertu est mortifère. C’est l’obsession de l’équilibre budgétaire et l’accumulation maladive d’épargne qui fragilise l’économie et qui appauvrit une partie importante de la population.

Malgré la pression du patronat et du syndicat DGB qui, ensemble, ont appelé le gouvernement à investir 450 milliards en dix ans dans les infrastructures et le numérique, le gouvernement et le Bundestag ont adopté un budget en équilibre selon la règle du schwarze null. C’est absurde et mortifère.

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Article publié dans le numéro 1178 de « Royaliste » – décembre 2019