Le dernier éditorial se terminait par une adjuration - Ne laissons pas faire ceux qui ont trahi – qui a provoqué la question lapidaire d’une lectrice : « Alors, on fait quoi ? ». Mais qui, on ? Notre journal est lu par des militants de la Nouvelle Action royaliste et par des amis qui ne partagent pas notre conviction royaliste. L’ensemble forme un groupe de taille modeste mais cohérent. Nos amis ont compris que la NAR envisage la monarchie royale comme l’une des modalités de la République, autrement dit comme une institution qui permet, autant que possible, la réalisation du Bien commun.

C’est là un projet à très long terme, qui conserve son actualité. Les plus réservés de nos lecteurs savent que la symbolique monarchique et royale compte pour beaucoup dans la constitution de notre identité historique et constatent qu’elle inspire à la NAR une conception rigoureuse du Politique, qui s’affirme comme exercice pratique de la légitimité et de la souveraineté. Souveraineté nationale et souveraineté populaire, selon les principes communs. Légitimité que le pouvoir acquiert par inscription délibérée dans l’histoire nationale, par le consentement populaire, par le service rendu à la justice et à la liberté. Notre souci de la défense nationale, de l’équilibre du continent européen et du rôle de la France dans le monde procède de cette conception du Politique qui est l’œuvre, toujours enrichie, de chercheurs appartenant à diverses traditions. Cela signifie que la Nouvelle Action royaliste est tout le contraire d’une secte : elle ne cultive pas une mystique, elle n’a pas forgé une idéologie, elle reconnaît toutes ses dettes intellectuelles et c’est pourquoi elle peut agir en toute clarté avec ses amis dans ce parti des politiques qu’on peut tout aussi bien appeler parti patriote ou parti républicain.

Nous savons avec qui agir. Mais alors que fait-on ? Nous participons au réveil de la mémoire nationale, à la lutte contre l’ultralibéralisme, l’atlantisme et l’européisme, à l’élaboration du programme de la renaissance… Nous sommes, depuis longtemps, dans ce travail de la pensée qui nous permet de définir les objectifs communs : puisque nous subissons l’oligarchie qui vise ses intérêts particuliers, il faut rétablir le gouvernement selon l’intérêt général – la République. La trahison des élites ouvre une crise politique décisive : les dirigeants de droite et de gauche ont perdu toute légitimité ; il faut par conséquent renvoyer dans leurs foyers ceux qui violent quotidiennement la Déclaration de 1789, le Préambule de 1946 et la Constitution de 1958.

Cet objectif révolutionnaire implique une stratégie qui se déploie depuis plusieurs années. Le point faible de l’oligarchie est ce qu’elle défend avec obstination : l’euro. Nous avons à convaincre nos concitoyens que cet euro est la monnaie de l’abdication politique et l’instrument d’une impitoyable guerre de classe. C’est à partir de l’effondrement de la zone euro que nous pourrons nous rassembler dans une formation structurée et lancer une offensive générale afin de porter au pouvoir le parti patriote.

Pour le moment, chacun peut agir dans son parti, dans son association, dans son syndicat pour expliquer que la sortie de l’euro est la première condition du redressement économique et social (1). Cette tâche militante est favorisée par le travail considérable qui a été accompli par les économistes hétérodoxes ; elle est amplifiée par les réseaux sociaux, qui permettent d’ignorer les grands médias frappés par une crise de crédibilité sans précédent. Il faut se consacrer à la lutte contre l’euro sans se laisser distraire par les opérations de diversion menées par la presse et par le gouvernement. Il faut s’y consacrer sans se laisser intimider par la propagande oligarchique qui vise à présenter les adversaires de l’euro comme des extrémistes complices du Front national ou ralliés à cette formation : pour nous, pour nos amis, la xénophobie est une diversion qui porte en elle la guerre civile alors qu’il est urgent de rassembler les citoyens de toutes origines, quelques soient leur religion et leur tradition politique sur un programme de crise qui conduira à la définition d’un programme de gouvernement. La destruction de la zone euro, ce n’est qu’un début. Mais il faut commencer par le commencement.

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(1) Cf. l’éditorial du numéro 1041 : « Comment dissoudre l’euro ? » et la page 2 de ce numéro.

 

Pour illustrer mon propos, j’ajoute l’article publié en page 2 du même numéro :

 

Euro

La fin du tabou ?

 

Le dossier que « Marianne » (1) a consacré à la sortie de l’euro fera date. Alors que la droite et la gauche oligarchiques répètent sur tous les tons que la dénonciation de la monnaie unique est la marque de l’extrême droite, c’est au contraire Marine Le Pen qui est débordée par un très vaste courant.

Ils s’affolent ! Les gens de la gouvernance hollandiste ont pris bonne note de tendances qui les inquiètent : un Français sur trois est favorable à ce que « la France sorte de la zone euro et repasse au franc » selon un sondage d’Ispos/Steria de janvier 2014 et parmi eux, la moitié des ouvriers et la moitié des jeunes adultes (35-49 ans). D’ordinaire, les sondages provoquent d’intenses débats médiatiques mais les directeurs de l’opinion publique ont décidé que la confrontation démocratique sur l’euro était inopportune.

Cette discrète décision sur l’inopportunité ressemble fort à une censure. Alors que la gent médiatique se réjouit lorsque les tabous (sexuels) sont brisés, elle protège religieusement ce qu’Emmanuel Todd appelle le veau d’or. Mais le silence protecteur ne suffit plus. Début février, la gauche oligarchique a lancé une violente offensive contre les adversaires de l’euro. Par l’amalgame, par l’insulte, il s’agit de les diaboliser. Pierre Moscovici affirme que Jacques Sapir est « d’extrême droite » (2). Jacques Julliard écrit (3) que « la sortie de l’euro, c’est l’entrée de Marine Le Pen au gouvernement ». Et les attaques se multiplient contre Daniel Schneidermann qui, entre autres crimes, a organisé en juin dernier un débat sur l’euro entre Jacques Sapir et Jean-Luc Mélenchon.

Dans cette campagne, l’odieux le dispute au ridicule. La lecture du numéro précité de « Marianne » prouve que les principaux adversaires de l’euro ne se trouvent pas à l’extrême droite mais forment un parti de l’ombre où se retrouvent des citoyens qui viennent de la droite et de la gauche classiques. Banquier d’affaires, Philippe Villin dit qu’il faut « tuer cette funeste monnaie » parce que « sans dévaluation, la France ne peut pas retrouver sa compétitivité avec l’Europe rhénane pour la grande exportation ».  Après avoir dénoncé le transfert de souveraineté monétaire en Allemagne, Emmanuel Todd est beaucoup plus radical : « une sortie de l’euro provoquerait certes une désorganisation temporaire mais, surtout, des effets économiques bénéfiques et rapides, avec en prime une révolution sociale, le nettoyage d’élites mal formées, vieillissantes, archaïques, quelque chose de comparable à ce qui s’est passé en 1945 ». L’entretien accordé par l’éminent économiste qu’est André Orléan est à lire très attentivement. J’en retiens la conclusion : « …la sortie de l’euro n’est pas, à mes yeux, une fin en soi. Elle n’a d’intérêt que si elle s’accompagne de mutations politiques et sociales en rupture avec la logique néo-libérale. Par ailleurs, s’il existait en France une volonté majoritaire pour sortir de l’euro actuel, elle devrait impérativement se tourner vers nos partenaires pour les convaincre de repenser en commun le cadre de notre coopération ».

Les oligarques diront : « ce ne sont que des intellectuels », alors que Jacques Sapir, Emmanuel Todd et André Orléan sont des chercheurs de premier plan, de même que Frédéric Lordon qui a publié dans « Le Monde diplomatique » d’août 2013 un article mémorable sur la nécessaire sortie de l’euro. Ces chercheurs ont une forte influence, soulignée par Aude Lancelin qui montre que « toute une génération nouvelle se lève en effet à gauche, de Cédric Durand, économiste de 39 ans, à Aurélien Bernier, même âge et auteur ce mois-ci de la Gauche radicale et ses tabous (Seuil) » pour dénoncer l’idéologie dominante. Il faut ajouter qu’au Parti de Gauche et au Parti communiste, nombreux sont les militants qui rejettent désormais l’euro.

Ce sont des minorités ? Il s’agit au contraire d’une vague de fond : le blog de Jacques Sapir a reçu plus de 740 000 visites en 2013  - auxquelles il faut ajouter les reprises sur d’autres sites et blogs – et le site RussEurop a reçu 19 000 visites en deux jours et des centaines de messages de solidarité, après l’insulte proférée par Pierre Moscovici. La reductio ad hitlerum a lamentablement foiré.

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(1)    Numéro 876, du 31 janvier au 6 février 2014.

(2)     http://russeurope.hypotheses.org/1940

(3)     http://www.bertrand-renouvin.fr/la-fiction-europeenne-de-jacques-julliard-chronique-92/