Aux salariés sacrifiés par les états-majors de Danone et de Marks § Spencer, je tiens à dire ceci, au nom de mes camarades et amis :

Nous autres royalistes, nous prendrons part à votre lutte autant que vous le souhaiterez, comme vous le voudrez, comme tous les autres citoyens révoltés. Nous avons manifesté le 12 avril à Paris, et nous recommencerons le 21 à Calais. Nous signerons les pétitions de soutien et nous participerons au boycott des produits que vous fabriquez même si nous estimons, pour notre part, que le gouvernement et les dirigeants de gauche en profitent pour se décharger de leurs propres responsabilités face au capitalisme financier.

Cela dit, nous pouvons vous apporter une aide spécifique en confirmant ce que vous avez déjà constaté ou deviné, dans l’espoir de renforcer, si besoin est, votre détermination. Ce qui nous permettra, du même coup, de prévenir tous les autres salariés, employés, cadres, ouvrières et ouvriers qui vont être sacrifiés dans les semaines et les mois qui viennent par les groupes capitalistes.

Nous avons personnellement bien connu la plupart des ministres socialistes et quelques uns des Verts qui viennent vous serrer la main. C’est pourquoi nous pouvons affirmer que ces gens-là se moquent de vous, de votre famille, de votre métier, de votre avenir, de celui de vos enfants, tout comme les chiraquiens et les libéraux patentés.

Bien entendu, les gens de gauche ont clamé leur indignation. « Ce n’est pas bien », répétait Lionel Jospin aux grévistes de l’usine LU de Ris-Orangis. Mais c’est au Brésil que le Premier ministre s’est mis en colère … contre des journalistes qui n’avaient pas publié des articles à sa convenance !

Ce n’est « pas admissible » déclarait Fabius, qui trouvait que la décision de fermeture des magasins Marks § Spencer était « inqualifiable, inacceptable ». Mais le ministre des Financesa immédiatement accepté l’inacceptable en refusant le retour à l’autorisation administrative de licenciement.

Il y a un « préjudice moral énorme » s’est écriée Elisabeth Guigou à propos des dégâts provoqués par le groupe britannique. Mais cette énormité n’a pas empêché le ministre des Affaires sociales de partir en vacances, sans doute pour réviser ses leçons de morale.

Après avoir rondement mené leurs opérations de communication, ces messieurs et ces dames se sont empressés de botter en touche : enquête judiciaire sur le respect des procédures, appel à la « compréhension » des préfets, appel des salariés au dialogue. Cela signifie que le gouvernement va tenter de diviser « l’inqualifiable » en divers dossiers, l’un remis aux magistrats, l’autre envoyé aux autorités locales pour les reclassements au cas par cas, et tout le reste abandonné aux syndicats et aux citoyens en colère, chargés d’intimider les groupes industriels et financiers.

Cela signifie que le gouvernement est décidé à ne pas prendre ses responsabilités. Lesquelles ?

Les réponses, très simples, permettent de rappeler les dirigeants du pays à leurs devoirs d’état :

– Le pouvoir politique a pour fonction essentielle de protéger la vie et les droits de tous les membres de la collectivité nationale. La politique sociale, économique, industrielle, agricole, écologique, doit être conçue et mise en oeuvre selon cette finalité. Les mesures de représailles contre les prédateurs étrangers et contre les affairistes français sont dès lors justifiées, de même que les mesures de protection de l’économie nationale.

– Lionel Jospin et ses ministres devraient se souvenir que le socialisme français consiste à organiser, par le moyen de l’Etat, la protection du travail et des travailleurs. Ils sont donc tout à fait fondés à rétablir l’autorisation administrative de licenciement, à interdire qu’on ferme des établissements industriels et commerciaux pour augmenter les profits, à nationaliser les secteurs clés et les groupes industriels agressifs, à affronter les provocateurs du Medef, à taxer durement les spéculateurs et à punir pénalement les gens de haute finance lorsqu’ils volent, trafiquent et corrompent.

Quand on dirige un des pays les plus riches et les plus puissants du monde, de telles décisions sont faciles à prendre. Si Lionel Jospin et ses ministres refusent d’agir, il faut que nous leur donnions définitivement congé.

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Editorial du numéro 770 de « Royaliste » – 2001.