On nous propose des jurys de citoyens tirés au sort. Peu importe qui. Mais pourquoi pas ?

Le défunt comte de Paris avait lancé l’idée beaucoup plus ambitieuse de délégués du peuple. Il n’y eut pas le moindre écho. Mais nous pouvons reprendre sans effroi la question de la « démocratie participative » – à deux conditions :

Premièrement : respecter le principe de la démocratie représentative, selon les modalités du régime parlementaire arbitré par une autorité légitime. Telle est la tradition nationale, établie par la Constitution monarchique de 1791, rétablie par la monarchie après 1814 et confirmée par la suite avec les difficultés que l’on sait.

Face à la déviation et aux impasses du régime d’assemblée, la Constitution de la 5ème République nous a donné une construction rationnelle de la démocratie parlementaire, équilibrée par le pouvoir arbitral du chef de l’Etat. Il serait désastreux de l’abolir pour retourner au régime d’assemblée et au président soliveau.La crise politique aiguë dans laquelle nous sommes plongés exige au contraire la restauration de la fonction présidentielle et, conjointement, celle des droits du Parlement.

Deuxième condition préalable au débat : bien comprendre, si ce n’est déjà fait, que le peuple français est soumis à un processus de dépossession généralisée. L’article premier de notre Constitution déclare que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. »

Quelle démocratie politique ? Nos députés et sénateurs, c’est-à-dire la représentation nationale, sont obligés d’importer les directives bruxelloises – qui ne sont pas des lois.

Quelle démocratie sociale ? Les revendications exprimées dans la rue par des millions de citoyens et par les organisations syndicales sont tenues pour nulles et non avenues par des oligarques qui imposent peu à peu leurs volontés par le mensonge et diverses manœuvres. La réforme des retraites a été imposée, la substitution du contrat à la loi est à l’ordre du jour – au mépris du principe d’égalité.

Quelle démocratie économique ? On nous répète du matin au soir que nous n’avons « pas le choix » et qu’il faut se résigner à la « loi » du marché mondialisé. Du coup, le peuple français fait l’expérience à tous égards insupportable d’une dépossession concrète et croissante.

Citoyens français, nous étions les propriétaires collectifs des services publics et des entreprises nationales – aujourd’hui privatisés et disloqués sans consultation nationale, contre la volonté des employés du secteur public et de ses usagers.

Quant aux salariés français et salariés immigrés, ils sont vendus et revendus en même temps que leur entreprise au fil des opérations occultes et souvent douteuses qui sont organisées par les principaux actionnaires et par les groupes financiers à leur profit exclusif. Quant aux salaires, aux licenciements, aux délocalisations, il est de plus en plus rare que les organisations syndicales et les représentants du personnel puissent effectivement négocier des conditions acceptables, dans le simple respect de celles et ceux qui permettent – on l’oublie – l’activité quotidienne de l’entreprise.

Dans cette situation intolérable, il est évident que l’organisation de jurys populaires n’est pas à la mesure des enjeux et que leur évaluation des politiques publiques ne serait qu’une sinistre farce.

Que l’on n’abandonne pas, cependant, l’idée d’un contrôle renforcé de manière adéquate : contrôle, par les élus, de tout ce qui relève de la souveraineté nationale ; participation des syndicats et des grandes organisations représentatives (du secteur coopératif, des familles…) à l’orientation de l’économie nationale dans le cadre de la planification qu’il faudra rétablir ; extension des droits et développement des moyens des syndicats ; participation des salariés à la gestion d’un secteur public rétabli et renforcé et à la direction des entreprises qui devront être nationalisées ; participation des salariés du privé à la gestion de leur entreprise, contrôle de la répartition des salaires, évaluation de l’efficacité des investissements…

Le moment est venu de reprendre l’idée de participation, souvent agitée comme un leurre mais cette fois conçue et appliquée dans la logique, inaboutie, de la révolution gaullienne.

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Editorial du numéro 891 de « Royaliste » – 2006