Politiquement, il s’agit d’un succès indéniable. Il faut donner satisfecit à François Hollande et Laurent Fabius qui ont réussi à convaincre les 195 États de signer cet accord qui va aussi loin qu’il est possible dans un système où toute décision exige l’unanimité. Cet accord représente un progrès notable, comme l’ont noté certains, puisqu’en s’inscrivant dans le cadre de la Déclaration des Droits de l’Homme, il reconnaît « l’égalité entre les hommes et les femmes, (…) le droit à la santé, la justice climatique, le droit au développement, (…) toutes les dimensions sociales du changement climatique. » Il est d’ailleurs probable, comme l’ont signalé plusieurs délégations, que seule la France pouvait réussir, par ce qu’il lui reste d’indépendance et d’influence diplomatique, à mener le monde entier à cette « nuit du 4 août » sur le climat. Tous les États de la planète reconnaissent maintenant que le changement climatique est un vrai problème, et l’un des plus urgents à résoudre. L’inquiétude de la société mondiale sur le climat est devenue une puissante vague de fond forçant à l’action tous les gouvernements, même contre les intérêts corporatistes de leurs propres lobbies économiques. La part due à l’homme dans le réchauffement est établie et la nécessité de l’effort commun reconnu. À Paris, un journal d’étapes a donc été rédigé à l’initiative de la France et adopté par tous, ce qui met chacun devant ses responsabilités. Enfin le fonds de 100 milliards de dollars destiné aux pays en développement a été définitivement officialisé.
Du point de vue de l’environnement, c’est moins enthousiasmant. Rien dans le texte final n’est vraiment contraignant dans l’immédiat, et si les objectifs et les calendriers sont définis avec précision, ils n’ont pas encore valeur d’obligation. Nous allons donc continuer à utiliser les énergies fossiles et à produire des GES, et le réchauffement ne va pas ralentir avant des décennies : il est à peu près sûr que la fameuse limite de 2° ramenée d’ailleurs à 1.5°, qui écologiquement ne veut pas dire grand-chose, sera allègrement (sans jeu de mot) franchie. Rappelons aussi que ce n’est pas seulement le type d’énergie à utiliser qui pose question : si l’on fait un vrai bilan carbone des différents modes de production d’énergie, incluant toutes les émissions dues à leur mise en oeuvre, distribution, rendements, coûts, durée de vie etc., on se rend compte qu’ils diffèrent peu entre eux. La grande question, c’est la quantité d’énergie croissante que continue d’exiger notre mode de fonctionnement économique.
Or, compromis oblige, quelques points essentiels auront été cachés sous le tapis lors des travaux de la COP 21 :
Le premier, c’est que les émissions de GES sont bien la conséquence directe d’un modèle économique (la société de consommation et l’ultra-libéralisme) qui lui, reste inattaqué. Pourtant il est certain que tant que la politique économique mondialisée se fera autour de la conception actuelle de la croissance et du PIB, aucune solution sérieuse ne pourra être envisagée : faire baisser la fièvre ne guérit pas le malade. Des modèles différents sont à mettre en oeuvre.
Le second, c’est donc cette nécessité de concevoir de nouvelles définitions de la croissance et du développement. La mesure de la croissance ne s’appuie en effet que sur des aspects quantitatifs de production et de consommation, qui sont devenus insuffisants, voire dangereux, pour mesurer l’activité humaine. Toute baisse de consommation d’énergie se traduit en effet par une baisse mécanique de cet indice de croissance. L’économie circulaire et la transition énergétique sont bien incompatibles avec la croissance productiviste mesurée actuellement, laquelle est par définition exponentielle et présuppose un milieu infini, ce que – tout le monde le sait maintenant – la planète n’est pas. Une nouvelle définition de l’activité économique est à adopter, qui prenne en compte cette finitude du milieu ; ce qui ne semble pas d’actualité chez nos leaders politiques et nos économistes internationaux…
Le troisième, c’est que les vraies questions ont été effleurées, mais pas posées. Et la principale, c’est que dans trente ans la population humaine se stabilisera autour de 11 milliards d’habitants, et qu’il faut tout prévoir dès maintenant pour que cette population puisse vivre décemment chez elle. Voilà ce qui doit mobiliser toute la planète, pour maintenir un milieu garantissant à tous l’accès à l’alimentation, à l’eau, à l’air, la survie du territoire, l’éducation, la santé…
Alors, quel bilan ? De réels progrès, peut cependant mieux faire. Nous resterons vigilants sur la continuité dans l’effort.
François VILLEMONTEIX

Editorial du numéro 1090 de « Royaliste » – 2015