Nous avons appris avec grande tristesse le décès, en juillet, de Pierre Maillard. L’ancien conseiller diplomatique du général de Gaulle nous avait témoigné, à maintes reprises, sa bienveillance.

Pierre Maillard fut tout au long de sa vie un serviteur de l’Etat exemplaire. Normalien, agrégé d’allemand, il entre dans la carrière diplomatique en 1942. Nommé à Berne, il rejoint la France libre et devient membre de la représentation du Comité français de libération en Suisse et, en septembre 1944, chef de l’Office français des réfugiés en Suisse. A la Libération, il devient chef de cabinet du secrétaire général aux Affaires allemandes et autrichiennes, participe en 1949 à la négociation du traité avec l’Autriche avant d’être nommé à Vienne. Après avoir occupé plusieurs postes au Quai d’Orsay, il est nommé conseiller diplomatique du général de Gaulle en 1959.

A l’Elysée, Pierre Maillard a vécu ce qu’il appelle « l’idylle franco-allemande » jusqu’à la fin de l’année 1962, les discussions en vue du traité franco-allemand signé à l’Elysée le 22 janvier 1963 et, le même mois, la crise des relations entre Paris et Bonn et les décisions qui aboutissent à la sortie du commandement intégré de l’Otan. Lorsqu’il quitte l’Elysée en mai 1964, Pierre Maillard est nommé  Secrétaire général de la Défense nationale, poste qu’il occupe pendant quatre ans et qui le place au cœur des questions géostratégiques.

L’expérience diplomatique de Pierre Maillard et ses relations privilégiées avec le général de Gaulle ont nourri un livre capital – De Gaulle et le problème allemand (1) – qu’il avait bien voulu présenter au public des Mercredis de la NAR.

Après avoir fondé en 2003 le Forum pour la France, qui regroupait des personnalités décidées à défendre la souveraineté et l’indépendance de la France, Pierre Maillard avait milité en 2005 pour le « non » au référendum sur le projet de traité constitutionnel européen. En janvier 2008, il avait publié dans « Royaliste » (numéro 917) un important article sur « La France, la Russie et l’Europe » qui actualisait le projet gaullien d’Europe de l’Atlantique à l’Oural et qui se concluait par ces lignes : « En politique, il faut s’élever au-dessus des bavures de l’histoire. Oui, la France a besoin de la Russie, comme la Russie de la France et plus généralement de l’Europe. Mais, naturellement une telle vision impliquerait de notre part non seulement une volonté, mais le maintien d’une suffisante autonomie de décision que ce soit dans le cadre de l’Europe ou par rapport aux États-Unis. »

Je rencontrais régulièrement Pierre Maillard qui suivait avec bienveillance nos réflexions et nos combats – pour la plupart communs – et qui me faisait bénéficier de ses analyses toujours précises et fines mais rarement réconfortantes puisqu’il lui fallait relever, année après année, les abandons et les reniements des gouvernements de droite et de gauche. Auprès de lui, nous trouvions l’assurance que nous n’avions pas dévié de la voie tracée naguère et que nos projets, en matière de politique internationale et tout particulièrement quant à l’Europe, étaient solidement fondés. Nous n’oublierons pas celui qui fut pour nous un guide et un ami très sûr.

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(1) Pierre Maillard, De Gaulle et le problème allemand, Les leçons d’un grand dessein, deuxième édition augmentée, Préface d’Yves Guéna. Editions François-Xavier de Guibert, 2001.

Article publié dans le numéro 1150 de « Royaliste » – septembre 2018