En répondant à dix questions – plus une petite dernière – sur l’Union européenne, David Cayla et Coralie Delaume clarifient un système qui couvre du voile des justifications trompeuses sa complexité croissante et une opacité qui deviendra proverbiale.

> Avouons-le : leur « construction européenne », nous n’y comprenons pas grand-chose. On juge aux résultats, déplorables voire catastrophiques, mais à la Nouvelle Action royaliste, même les plus vieux militants, qui ont vu monter pièce par pièce l’usine à gaz sise à Bruxelles, Francfort, Strasbourg et Berlin, sont obligés de réviser comme des gamins quand ils doivent intervenir sur « l’Europe ». Il faut dire que le déferlement quotidien de déclarations péremptoires sur les progrès de l’Union brouille la mémoire et trouble le jugement. Entre les éloges de la « démocratie européenne », les messages sur « la-Grèce-qui-va-mieux » et les invocations de « l’euro-qui-nous-protège », il y a de quoi devenir maboule.

Dans ce brouillard, le petit livre de David Cayla et Coralie Delaume (1) apparaît comme une planche de salut. Petit livre, mais dense, clair et rédigé d’une plume allègre. Grâce à eux, on révise, on apprend, on élucide. Sur quoi, par exemple ?

Eh bien, sur le Parlement européen dont on fait grand cas avant chaque élection européenne. Or cet organisme est une illusion puisqu’il n’y a pas de peuple européen mais des électorats nationaux qui votent en fonction d’enjeux nationaux. On a beau disserter sur la « codécision » de l’Assemblée de Strasbourg et du Conseil des ministres, ce Parlement n’a pas l’initiative des directives qui sont émises par la Commission, il ne vote pas le budget de l’Union mais seulement la partie concernant les dépenses car les recettes sont constituées par les contributions des Etats. De surcroît la production juridique est largement assurée par la Cour de justice de l’Union européenne, qui est hors de tout contrôle démocratique.

Il faut donc se demander qui décide dans l’usine à gaz. Juridiquement, l’Union européenne n’est nullement une fédération mais une organisation internationale fondée sur des traités conclus entre des Etats souverains. Mais nombre de ses organes fonctionnent sur un mode « fédéral » hors de tout contrôle des Etats : la Cour de justice de l’Union, la Banque centrale européenne et la Commission – cette dernière étant plus soumise qu’auparavant au Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement – sans oublier l’Eurogroupe qui est une structure informelle disposant d’un fort pouvoir de décision. Au champs des instances intergouvernementales et des institutions affranchies de tout contrôle politique se surajoute la touche impériale allemande. Dans la crise grecque de 2015 et dans la crise des migrants, c’est Berlin qui a pris les décisions – d’exécrables décisions.

Pourtant, nous dit-on, « la Grèce va mieux ». C’est faux. La Grèce continue de subir la déflation imposée par l’euro et les effets de la polarisation industrielle qui avantage l’Allemagne au détriment des zones périphériques de l’Union.

Pourtant, nous dit-on, le Portugal montre qu’on peut réussir en restant dans la zone euro. Pas vrai non plus. Les résultats économiques sont médiocres, la baisse du chômage a été facilitée par l’émigration et le pays utilise la « stratégie du parasite » en attirant les exilés fiscaux. On peut bien sûr faire des projets d’harmonisation fiscale et sociale mais l’ultra-concurrence qui est la règle sur le marché unique pousse chaque pays à rivaliser dans le dumping.

Le populisme est la conséquence des logiques mises en œuvre par l’Union européenne. A l’Est, les peuples ont vécu les investissements étrangers comme une colonisation et souffrent de l’émigration. Comme le rappellent David Cayla et Coralie Delaume, « Entre 2000 et 2017, la Pologne a perdu plus de 200 000 habitants du seul fait des migrations, la Bulgarie plus de 400 000, les trois pays baltes plus de 800 000… et la Roumanie plus de deux millions ! ».

Comme l’Union européenne n’est ni réformable ni démocratisable – la démonstration de David et Coralie est implacable – il faut s’en libérer et faire sauter le carcan monétaire. La sortie de l’euro est une opération nécessaire et complexe qui implique, pour réussir, qu’on s’affranchisse des traités européens. Il faudra mettre fin à l’indépendance de la Banque centrale et à la libre circulation des capitaux puis réorganiser l’économie nationale. Autrement dit, réapprendre à gouverner démocratiquement en liquidant la « gouvernance ».

Et Macron dans tout cela ? L’homme du faux couple franco-allemand est traité dans la onzième question qui se résume en une formule lapidaire : « la politique européenne du verbe creux s’est fracassée sur les réalités du monde ».

***

(1) David Cayla, Coralie Delaume, 10 questions + 1 sur l’Union européenne, Michalon, 2019.

Article publié dans le numéro 1167 de « Royaliste » – mai 2019