Promulguées le 25 avril 2016, la loi ordinaire et la loi organique concernant la « modernisation » des règles applicables à l’élection présidentielle visent à éliminer le plus grand nombre possible de candidats. Telle est la logique de l’oligarchie.

Logique, en effet. L’oligarchie est le régime dans lequel le pouvoir est réservé à un petit nombre de dirigeants. Il faut donc qu’il y ait très peu de candidats. Depuis Valéry Giscard d’Estaing, les dirigeants se sont ingéniés à restreindre la possibilité d’être candidat à la présidentielle. En 1976, il avait été décidé de porter de 100 à 500 le nombre des parrainages et, de surcroit, les élus présentant un candidat devaient envoyer par la poste leur déclaration signée au Conseil Constitutionnel alors qu’auparavant (1965, 1969 et 1974), les candidats portaient eux-mêmes les signatures. La publication d’un certain nombre de signataires par voie de tirage au sort était également une incitation à la « sagesse » pour les élus des petites communes qui souhaitaient présenter des candidats réputés marginaux. Les pressions des préfets, des présidents des collectivités décentralisées et des dirigeants locaux des grands partis complétaient ce dispositif.

Les « petits » candidats pouvaient certes se présenter, mais ils bénéficiaient souvent de l’aide d’un grand parti qui voulait gêner le camp d’en face. La droite pouvait par exemple faciliter la candidature d’un candidat d’extrême gauche…

L’élection présidentielle de 2017 est différente : la droite et la gauche estiment que Marine Le Pen sera présente au deuxième tour, ce qui signifie que le premier tour est décisif pour le candidat de droite comme pour le candidat de gauche. Il faut donc que chacun mobilise tout son électorat d’entrée de jeu en éliminant autant que possible les petites candidatures. Comme par hasard, deux socialistes (Bruno Le Roux et Jean-Jacques Urvoas) ont fait adopter en avril un dispositif législatif qui vise à établir un système de démocratie restreinte :

-          Les parrainages doivent être à nouveau transmis par courrier et la publicité des signataires sera intégrale. Cette technique d’intimidation sera d’autant plus efficace que le Conseil constitutionnel rendra publics sur Internet, au moins deux fois par semaine, les noms et qualités de ceux qui ont accepté de parrainer un candidat.

-          Les candidats marginaux qui parviendront à obtenir les 500 signatures requises ne pourront plus bénéficier de la règle d’égalité qui s’appliquait à tous les candidats dans l’audiovisuel. Hors campagne officielle à la radio et à la télévision, les temps de parole seront régis par un « principe d’équité » en fonction de la représentativité des candidats et de la contribution de chacun à l’animation du débat électoral. Cette représentativité sera établie en fonction des précédents résultats électoraux du candidat et des sondages d’opinion. Ainsi, le candidat nouveau venu sera facilement éliminé : s’il ne peut investir des millions d’euros, il ne pourra pas participer à l’animation de la campagne et sera au plus bas dans les sondages – dont on a pu vérifier à d’innombrables reprises le caractère hypothétique ou fallacieux.

Il est évident que la campagne électorale est organisée pour que l’élection présidentielle devienne une chasse gardée des trois grandes formations : Parti des « Républicains », Parti « socialiste » et Front national. N’oublions pas que le Front national qui dénonçait naguère la Bande des Quatre fait maintenant partie de la Bande des Trois et s’accommode sans états d’âme de l’entreprise oligarchique de confiscation de la présidentielle.

Nous souhaitons bien entendu que cette entreprise échoue. Des élus, en grand nombre, ne se laisseront pas intimider. Des candidats qui animent déjà la campagne – Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon – peuvent faire de remarquables percées tant il y a d’électeurs lassés par la langue de bois des « socialistes » et des « républicains » qui tentent de masquer l’échec des recettes appliquées depuis trente ans. Les restrictions aux candidatures et à l’expression publique des petits candidats signifient que les partis oligarchiques sont sur la défensive. Oui, Jean-Luc Mélenchon peut devancer François Hollande. Oui, Nicolas Dupont-Aignan peut prendre des voix au candidat de la droite. Les jeux ne sont pas faits.

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Article publié dans le numéro 1109 de « Royaliste »