L’ambition sans conviction directrice engendre des haines dont le spectacle nous est donné à l’UMP par la guerre inexpiable entre Jean-François Copé et François Fillon. Les socialistes, qui ont connu les mêmes aveuglements frénétiques lorsqu’il n’y avait qu’un seul fauteuil pour deux ou trois, prennent maintenant des airs modestes sans voir le point commun entre le gentil hollandisme et la furie droitière. Lequel ?

L’absence de conviction. Tous sont des enfants de la « communication » fondée sur le mépris des « gens », qui auraient des capacités d’écoute et de compréhension aussi réduite que leur mémoire. Tous sont des acharnés du « plan de carrière » qui, pour les chefs et sous-chefs de parti, trouve son aboutissement à l’Elysée. François Hollande, plus réservé que Nicolas Sarkozy, n’en dit pas moins sa satisfaction d’avoir atteint son but dans la vie. Ses successeurs potentiels, parmi lesquels Arnaud Montebourg, se préparent en apprenant à avaler toutes les couleuvres qu’on leur présente : rien n’est plus important que de démontrer, jour après jour, qu’on saura toujours se soumettre aux injonctions des puissants. Pour la carrière, le courage relève de la folie suicidaire.

Ce comportement est hautement rentable, si l’on accepte de sacrifier au bon moment ses camarades, ses amis et bien entendu les chers électeurs qui ont voulu croire au programme décliné avec talent. Somme toute, c’est la politique qui est sacrifiée par les hommes politiques d’aujourd’hui, même quand ils occupent les plus hautes fonctions de l’Etat. La politique, c’est-à-dire le pouvoir, qui est l’art de rendre possible l’improbable et l’incertain, parfois même l’impossible. La politique, c’est-à-dire le peuple, la nation, la France et le corps des principes qui nous constituent.

Le fossé entre les hommes de carrière et la politique était particulièrement profond et désespérant dans la seconde quinzaine de novembre. Pendant le déroulé du feuilleton UMP, deux événements majeurs se produisaient en Europe de l’Ouest : au Conseil européen, l’absence d’accord sur le budget de l’Union européenne puis, après maints échecs et tergiversations, un arrangement sur la Grèce. Sur le budget, François Hollande a déclaré qu’il gardait bon espoir pour un compromis ultérieur. Quant à « la résolution de la crise grecque », elle « va permettre maintenant de lever tous les doutes sur l’avenir de la zone euro, son intégrité, sa pérennité ».

C’est nous prendre pour des imbéciles. Les discussions budgétaires font apparaître des oppositions radicales entre des intérêts nationaux (1). Il n’y aura pas de compromis, sauf dans la forme, mais des vainqueurs et des vaincus. Cela signifie que l’Union européenne est morte dans son principe et se prolonge sous forme d’expédients qui permettent que chacun reste à son poste et continue sa carrière dans l’usine à gaz bruxelloise. Quant à la zone euro, c’est se moquer du monde que de proclamer tous les trois mois que la crise est résolue. Tout citoyen qui s’intéresse à l’actualité sait que le taux de chômage de la zone euro est passé de 11, 6% en septembre à 11,7%, soit 18, 7 millions de chômeurs dans les 17 pays membres de l’union monétaire. Et sur les chaînes ultra-orthodoxes d’information continue, des commentateurs lâchent les vérités qui fâchent , sans doute parce qu’ils croient que la colère populaire sera toujours impuissante. Ainsi Nicolas Doze qui nous raconte que l’arrangement sur la Grèce, « ça va être un défaut clandestin » qu’on fera peu à peu payer aux contribuables. Là encore, expédients, tour de passe-passe et mensonges, mensonges éhontés des dirigeants du pays qui cherchent à gagner un peu de temps sur le temps de la crise.

Avec nos amis hétérodoxes, nous continuerons à soutenir que l’action politique doit être le résultat d’une conviction exprimée sous forme de projets élaborés pour la collectivité nationale. Dans les hautes sphères, de tels propos sont tenus pour sympathiques et insignifiants en raison de la faiblesse électorale, médiatique et financière de ceux qui les tiennent. Pourtant, d’illustres exemples montrent que quelques-uns peuvent en rassembler beaucoup, dès lors qu’il s’agit de la France.

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(1)Cf. Jacques Sapir : « Europe, fin de partie ? » http://russeurope.hypotheses.org/539

 

Editorial du numéro 1024 de « Royaliste » – Décembre 2012