Le président de la République tente de théoriser sa pratique du pouvoir et son rapport à la nation. Il croit séduire en faisant étalage de ses capacités intellectuelles mais révèle surtout ses faiblesses.

Un intellectuel à l’Elysée, c’est bien sûr plus stimulant que la brutalité « pragmatique » des trois présidents précédents, qui s’accordait fort bien avec l’idéologie dominante. Les élégantes prestations d’Emmanuel Macron sur la scène médiatique ont en effet l’avantage de révéler tout autre chose que ce qu’il propose à notre admiration : non pas un pouvoir exercé dans la pleine conscience de lui-même mais ce qui manque fondamentalement à ce pouvoir.

Quand le candidat Macron affirmait qu’il n’avait pas de programme, il se montrait moins fidèle à l’esprit de la Vème République qu’à un esthétisme : « La politique, disait-il alors, c’est mystique, c’est un style, c’est une magie ». Après la victoire, la soirée du Louvre puis les journées à Versailles illustraient le style et la magie de l’homme qui voulait « construire » un « pouvoir charismatique » avec des « choses sensibles et des choses intelligibles » dans des écrins évocateurs de la monarchie.

Quelles « choses » ? Au fil de l’entretien qu’il a accordé au Point du 31 août, Emmanuel Macron a prolongé sa réflexion sur le président de la République, « qui a plusieurs corps » et qui est « constitutionnellement le garant des institutions, de la dignité de la vie publique », ajoutant que « cette responsabilité symbolique ne relève ni de la technique, ni de l’action, elle est d’ordre littéraire et philosophique… ». C’est bien joli, mais cela ne dit rien sur l’essentiel : l’ordre politico-juridique dont procède cette responsabilité symbolique. Aux termes de l’article 5 de la Constitution, le président de la République est garant des institutions, mais pas de la « dignité de la vie publique », formulation macronienne qui ne saurait nous faire oublier que le chef de l’Etat est, entre autres charges, le « garant de l’indépendance nationale ». Le Président a une légitimité et une capacité effectivement symbolique à rassembler la nation parce qu’il incarne le pouvoir souverain, condition de la justice et de la liberté.

Emmanuel Macron qui accepte l’aliénation de notre souveraineté dans les organes européistes, creuse un manque qu’il veut combler par des « récits collectifs, des « rêves », de « l’héroïsme » et de beaux concepts philosophiques. Il nous propose une évasion littéraire qui compensera les douleurs provoquées par l’application du programme ultralibéral dont il assure le management suprême ! Est-il naïf ou cynique quand il se proclame marchand d’illusions ?

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Article publié dans le numéro 1127 de « Royaliste » – 2017