Créée en avril 1949, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord a plus de soixante-dix ans. Elle semble faire naturellement partie du paysage militaro-diplomatique et bien peu se soucient aujourd’hui du retour intempestif de la France dans le commandement militaire intégré, en avril 2009. Dans leur grande majorité, les membres de l’élite souhaitaient ce repli, au sein de la “famille occidentale” célébrée par Nicolas Sarkozy. Les socialistes, qui avaient exprimé leur opposition, s’empressèrent d’accepter l’état de fait lors du passage de François Hollande aux affaires. Une fois de plus, le “réalisme” servit de prétexte à la soumission.

Nous n’avons quant à nous jamais cessé de dénoncer l’Otan, pendant comme après la Guerre froide. Ni par antiaméricanisme, ni par fidélité aveugle au général de Gaulle mais pour une simple et rude raison : à l’âge nucléaire, les alliances militaires sont secondaires et deviennent inopérantes dès que les intérêts vitaux des protagonistes sont en jeu. En 1966, la France a quitté le commandement intégré parce que les Etats-Unis n’auraient pas défendu l’ouest-européen si leur existence nationale avait été directement menacée par les fusées soviétiques. Disposant de l’arme nucléaire, et décidé à infliger à tout agresseur des pertes effroyables, nous étions en mesure d’assurer par nos propres forces notre indépendance nationale. Nos voisins ont dû accepter le protectorat américain, subir le chantage au retrait des Gi’s et acheter aux Etats-Unis du matériel militaire de plus ou moins bonne qualité pour faire face à une attaque soviétique qui n’aurait pas utilisé les moyens conventionnels…

L’effondrement de l’Union soviétique et la dissolution de l’alliance militaire issue du Pacte de Varsovie, en juillet 1991, aurait dû mettre fin à l’Otan, alliance militaire défensive formée contre un adversaire clairement identifié. Il n’en fut rien. Aux Etats-Unis, le père de la doctrine antisoviétique du “containment”, George Kennan, plaida contre l’extension de l’Otan afin de ne pas réveiller le nationalisme en Russie mais il ne fut pas plus écouté que les autres partisans de la prudence. François Mitterrand formula dès 1989 le projet d’une nouvelle organisation confédérale de la sécurité pour l’ensemble du continent européen, sans participation des Etats-Unis. Mais Vaclav Havel se chargea de ruiner le projet français de Confédération européenne et les anciens membres du Bloc socialiste intégrèrent progressivement l’Otan afin de bénéficier de la protection américaine, la seule efficace à leurs yeux. La France laissa faire, avant et après le bref sursaut d’indépendance lors de la guerre d’Irak en 2003…. Face à l’hégémonie américaine, on accepta l’état d’impuissance, rituellement masqué par de beaux discours sur “l’Europe de la défense”.  Pour quels résultats ?

Sur le continent européen, l’Otan, bras armé des Etats-Unis, a joué un rôle en tous points négatif. Elle n’a pas empêché la dislocation de la Yougoslavie. Elle a laissé s’accomplir le nettoyage ethnique de la Krajina de Knin. Elle a organisé en Bosnie-Herzégovine un protectorat qui n’a pas atteint ses objectifs quant à l’unité et au développement de cet ensemble. Elle a nié son principe défensif en bombardant, sans mandat de l’ONU, le territoire de la République fédérative de Yougoslavie. Pour maintenir son emprise sur les Etats de l’Union européenne, elle a poussé à l’affrontement avec la Russie, recréant une petite Guerre froide selon la prévision de George Kennan. La France, au jeu d’abord incertain, devint au fil du temps la complice du jeu américain, sans en retirer le moindre bénéfice.

Quand les Etats-Unis décidèrent d’étendre les missions de l’Otan hors d’Europe, les désastres furent toujours au rendez-vous – en Afghanistan, en Irak, en Libye. Les dirigeants français firent jouer à nos soldats un rôle de supplétifs en Asie et au Moyen-Orient. Et quand ils prirent l’initiative en Libye, ce fut pour provoquer une catastrophe dont la région n’est toujours pas sortie.

Nous venons de constater en Méditerranée orientale que l’Otan assemble fictivement des Etats-membres avant tout préoccupés de défendre ou promouvoir les intérêts nationaux. A commencer par les Etats-Unis qui, après avoir utilisé cette force répressive comme bon leur semblait, font depuis trois ans part de leur lassitude tout en continuant à vendre leurs matériels militaires.

L’an dernier, Emmanuel Macron avait évoqué la “mort cérébrale de l’Otan” afin de réveiller les énergies atlantistes au motif que l’Union européenne “n’est pas à même d’assurer la défense de l’Europe”. Ceci après avoir demandé que l’Otan s’interroge sur l’identité de l’ennemi ! Troublée dans sa servilité par les mauvaises manières de Donald Trump, la classe dirigeante française attend de son rival démocrate le retour à une domination courtoise. Il faut au contraire en finir avec l’Otan et inscrire cet objectif dans un plan de libération politique, technologique et économique qui demandera un effort gigantesque. C’est sur cette indépendance reconquise que la France pourra bâtir un nouveau système d’alliances.

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Editorial du numéro 1196 de « Royaliste » – 13 octobre 2020