Il faut le redire après Jacques Lacan : « l’erreur de bonne foi est, de toutes, la plus impardonnable ». Elle donne à ceux qui croient bien faire une assurance à toute épreuve et se transforme en dogme lorsqu’elle se double d’une erreur commise, elle aussi en toute bonne foi, par des experts patentés.

Telle est l’épreuve que dans les prochains mois le président de la République et le gouvernement vont affronter sans rien comprendre : ils se sont trompés et ils ne seront pas pardonnés. Ils ont cru que les derniers mois de l’année 2013 marqueraient la fin d’un cycle et le début d’une nouvelle période de croissance. Ils ont été confortés dans leur croyance par des prévisions erronées de l’INSEE et ils ont tenu pour négligeables les effets négatifs de l’austérité. Refusant d’écouter les économistes hétérodoxes, ils pouvaient donc demander aux Français de prendre patience : il y avait un mauvais moment à passer dans l’attente des jours meilleurs…

Ces illusions sont maintenant dissipées et les erreurs des dirigeants sont partout étalées. Ils croyaient que la croissance serait de 0, 8% à la fin de l’année : la Commission européenne annonce un taux très optimiste de 0,1%. Ils ont dû se rendre à l’évidence, abandonner leur modèle de référence (1) et utiliser d’autres éléments de langage. Pourtant, le président de la République et le gouvernement  ne seront pas pardonnés : ils ont manqué de discernement alors que leurs analyses et leurs prévisions pouvaient être démontées et récusées par tout citoyen quelque peu attentif : quand on réduit les dépenses publiques et le pouvoir d’achat, la croissance est plombée et l’argent ne rentre pas dans les caisses de l’Etat.

La Commission européenne – je la cite parce que les autorités françaises s’inclinent devant les chiffres qu’elle publie – prévoit un déficit de 3,7% de notre PIB en 2013 puis de 3,9% en 2014 et une augmentation du chômage de 10,7% cette année et 11% l’année prochaine. Deux autres années noires pour la France ! Face à cette perspective, un gouvernement soucieux de l’intérêt national déciderait un changement radical de sa politique économique. Tel n’est pas le cas. Les Français ont eu droit aux techniques habituelles d’enfumage : on continue à invoquer la croissance, on assure qu’il n’y aura pas de nouveau plan de rigueur et on dit que la situation est pire dans d’autres pays. Il ne s’agit pas de convaincre les citoyens mais d’enrober la cruelle et banale vérité : le président de la République et le gouvernement se soumettent une fois de plus à la Commission européenne. Ils visent toujours l’équilibre budgétaire pour 2017, objectif inatteignable qui nous promet un quinquennat noir. Ils vont encore réduire les dépenses publiques au détriment de la Défense, des Affaires étrangères, de la Santé publique… Ils préparent déjà les « réformes structurelles » dont les effets sont connus : toujours plus de sacrifices pour les classes moyennes et populaires, toujours plus de profits pour les banquiers et le haut patronat.

Bien sûr, pas de bâton sans carotte. La Commission européenne nous promet une croissance de 1,2% l’année prochaine et les grands médias commencent à nous chanter le grand air de la reprise des exportations après une « dévaluation interne » – baisse des salaires et chômage de masse – qui transforme la carotte en simple navet. Il faudrait que les Commissaires européens et leurs propagandistes  nous expliquent comment la France pourra augmenter ses exportations dans la zone euro alors que celle-ci est et restera en récession ; il faudrait qu’ils nous expliquent comment nous pourront exporter dans le reste du monde en proie à la guerre des monnaies alors que nous sommes pénalisés par un euro surévalué.

La médiocre partie qui s’engage est déjà perdue. La zone euro est un échec et la France est prise au piège de la « monnaie unique ». Nous savons qu’il faut revenir à la monnaie nationale et protéger notre économie. Ces solutions continueront d’être repoussées – par lâcheté autant que par idéologie. Les oligarques de gauche, comme naguère ceux de droite, nous condamnent à aller jusqu’au bout de l’impasse, jusqu’à la conclusion violente d’une expérience totalement ratée.

Bertrand RENOUVIN

(1) Cf. l’article de Jacques Sapir sur le blog RussEurop : « Le FMI et l’aveu de François Hollande sur la croissance » : http://russeurope.hypotheses.org/895

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Editorial du numéro 1030 de « Royaliste » – 2013