Effroyables, les attentats du 13 novembre mettent les citoyens français à égalité (1). Avant ce vendredi noir, nous pouvions penser que des militaires, des policiers, des diplomates, des écoles juives, des synagogues et diverses catégories de voyageurs étaient particulièrement visés. Nous savons maintenant que nous pouvons tous être tués ou blessés dans les attentats qui se préparent et qui risquent d’être encore plus meurtriers. Nous allons devoir vivre pendant des années une situation de guerre.

La guerre, certains parmi nous, jeunes ou vieux, n’en sont jamais tout à fait sortis. D’autres entrent dans l’épreuve quotidienne. Tous, ou presque, savent qu’elle implique un sens encore plus aigu des responsabilités. Nous avons, plus que jamais, à prendre soin de nos proches et de notre prochain – de la famille, des amis, du voisin, du passant… Dans les quartiers touchés, les parisiens ont été exemplaires vendredi dernier.

Cela ne suffit pas. Nous devons mesurer nos propos et nos gestes afin de ne pas aggraver les menaces qui pèsent sur le peuple français. A cet égard, les journalistes et les militants politiques, quelles que soient l’audience de leur journal et la taille de leur organisation, ont la responsabilité de bien distinguer, pour eux-mêmes et pour ceux qui les écoutent, entre le débat démocratique qu’il faut maintenir et les propos qui incitent aux règlements de comptes ethniques et religieux. L’ennemi, c’est le djihadisme, sa radicalité nihiliste. La stratégie de l’ennemi, c’est l’horreur d’attentats destinés à créer, sous l’effet de la peur, des groupes ethniques et religieux livrés à des vengeances réciproques. La lutte contre l’ennemi est d’abord politique : unité de la nation française, fraternité dans la nation française.

L’unité n’est pas l’unanimisme. La fraternité n’est pas la sentimentalité naïve et fusionnelle. Des citoyens responsables peuvent exiger que le pouvoir politique réponde avec détermination et cohérence à la menace. Comme tant d’autres et sans souci des étiquettes, nous avons demandé et nous demandons la révision complète de notre politique de défense, de notre politique étrangère et de notre politique de sécurité publique. Cette révision implique une augmentation importante des dépenses publiques, donc la fin des mesures d’austérité qui ont considérablement affaibli l’armée, la police et l’institution judiciaire.

Si le gouvernement français veut agir au Proche-Orient, il lui faut s’allier avec la Russie et l’Iran et coopérer avec le gouvernement syrien en vue d’une action diplomatique et militaire contre Daech et les autres djihadistes. Encore une fois, la nature des régimes n’a pas à être prise en considération.

Si le gouvernement français veut développer nos opérations militaires extérieures et en lancer de nouvelles dans les prochaines années, il doit créer les régiments et financer tous les armements nécessaires.

Si le gouvernement français veut assurer, autant que possible, la sécurité des Français, il lui faut augmenter le nombre de policiers, moderniser leurs équipements et définir une nouvelle doctrine d’emploi des forces. A Calais, il y a sept compagnies de CRS en permanence et dix escadrons de gendarmerie pour assumer une situation qui ne cesse d’empirer…

Si le gouvernement veut assurer, autant que possible, la sécurité des Français, il lui faut tarir les sources de financement extrémistes – ce qui suppose qu’il écoute ses services de renseignement. Il lui faut aussi réaliser de toute urgence, les investissements indispensables. A la différence des aéroports de Moscou, d’Istanbul et d’autres capitales sensibles, Roissy et Orly n’ont pas de portiques à l’entrée des aérogares.

Les chaînes de télévision doivent elles aussi prendre conscience de leurs responsabilités. Les opérations terroristes sont coproduites par les médias qui leur donnent une portée mondiale dans une surenchère d’indignation et de compassion. Les chaînes de service public doivent se conformer à leur mission, qui est d’informer. Les chaînes privées doivent être sanctionnées lorsqu’elles mettent en danger la vie d’autrui.

Le discours prononcé par François Hollande le 16 novembre esquisse des inflexions. Gardons l’espoir d’un changement d’orientations.

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(1)    Je n’oublie pas les résidents étrangers en France et les amis de la France à l’étranger. Parmi eux, des amis de « Royaliste » qui nous ont dit immédiatement leur inquiétude et leur amour de la France.

Editorial du numéro 1088 de « Royaliste » – 20415