Fondé voici un an, le rassemblement de la « France unie » est paralysé par ses difficultés internes. A quand le sursaut ?

Ce n’est pas nous qui le disons, mais Jean-Pierre Soisson : le ministre du Travail a confié au « Nouvel Observateur » son irritation quant au comportement du Mouvement des Radicaux de Gauche. « Baylet veut négocier des investitures de France unie avec le P.S. Mais ni le P.S. ni moi ne souhaitons cette solution. Les radicaux de gauche sont une filiale du P.S., son arrière-boutique. L’ouverture, c’est moi. Le président de la République, que j’ai rencontré récemment, est tout à fait d’accord avec cette vision des choses ».

De fait, les Radicaux de gauche, qui ne cachent pas leur intention de se refaire une santé grâce à France unie, veulent maîtriser l’ensemble de l’organisation et cette volonté de puissance fait obstacle à la dynamique du rassemblement : la question des structures n’est pas résolue, la définition d’un projet politique se fait attendre et la stratégie électorale n’est pas clairement exprimée. Nous sommes en outre bien placé pour savoir que le M.R.G. s’efforce de décourager les nouveaux apports, qu’il s’agisse de clubs ou de la Nouvelle Action royaliste.

Cette stratégie de la captation est évidemment suicidaire. Si France unie devient l’annexe d’une formation politique, elle perdra tout caractère attrayant. Or elle n’a pas encore, loin s’en faut, chassé l’image d’un « syndicat de notables ». Si une formation politique s’arroge le droit d’exclure comme bon lui semble des clubs et des organisations qui soutiennent le président de la République, France unie ne pourra prétendre au rassemblement de la majorité présidentielle. Enfin, il n’est pas normal que le chef de l’Etat soit invoqué ou requis pour trancher des conflits d’appareil.

Il est urgent de ne plus attendre. A vivoter au rythme de ses querelles internes, France unie risque fort de s’épuiser sans avoir servi. A trop se concevoir comme un club fermé, elle s’expose à ne jamais trouver le contact avec l’opinion publique. Et comment pourrait-elle affronter sérieusement les prochaines échéances électorales si elle se présente avec une direction minée par ses conflits, avec une organisation locale artificielle, avec un projet politique bricolé à la dernière minute ? Dire clairement ce que l’on est, ce que l’on veut, et avec qui : telles sont les trois premières exigences.

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Article publié dans le numéro 554 de « Royaliste » – 11 mars 1991