Comment va France unie ? Mal, et même de mal en pis. Après l’échec du projet de groupe parlementaire, la rupture des négociations électorales avec le Parti socialiste…

Nous l’avions dit dès l’esquisse du rassemblement qui prétend exprimer la France unie : ce beau projet sera sans avenir s’il se réduit à la réunion d’un syndicat de notables soucieux de conserver ou de conquérir un siège. Or c’est bien ce qui se produit.

France unie est entre les mains de notables – plus exactement de petits féodaux – qui se moquent autant de France unie que de la majorité présidentielle. Et Jean-Pierre Soisson, qui préside aux destinées du prétendu rassemblement, se perd dans les demi-vérités et les demi-mensonges qu’il dispense généreusement aux divers partenaires, honore sa signature quand ça lui chante, décourage les bonnes volontés et laisse les Radicaux de gauche prononcer des exclusives, mener double jeu pour les élections et finalement saboter l’organisation de la majorité présidentielle.

Sombre bilan. A quelques mois des élections cantonales et régionales, France unie n’a toujours pas publié son projet – qui sera s’il vient au jour celui de quelques technocrates et autres « experts » mondains. La fantomatique Association des Démocrates (ADD) s’évanouit discrètement après avoir mené un train de vie dispendieux et le mouvement qui devait se former à côté du Parti socialiste demeure une affaire d’apparatchiks.

Si, du moins, les réunions d’état-major étaient positives ! Mais ce qui ressort des conciliabules et des manœuvres d’appareil se réduit aujourd’hui à néant. D’une part, le groupe parlementaire de France unie n’a pu être constitué en raison de l’opposition de la plupart des barons du M.R.G., qui privent le Premier ministre et la majorité présidentielle d’un bel atout. D’autre part, les négociations électorales entre le P.S. et France unie ont été rompues pour des raisons qui nous sont familières : la constitution des listes socialistes est une affaire trop complexe pour qu’on puisse intégrer des candidats extérieurs, et la rue de Solférino entend conserver la haute main sur les listes autonomes.

Coincée entre la volonté hégémonique du Parti socialiste et l’emprise radicale, privée de sa composante durafourienne (ADD), refusant de s’ouvrir franchement aux royalistes et indifférente à bien des demandes d’adhésion, aussi dépourvue de militants que de projets spécifiques, la prétendue France unie reste l’ombre de ce qu’elle pourrait être. Nous osons encore espérer que le double échec du mois d’octobre aura un effet stimulant. Mais il faudra faire sans tarder le bilan.

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Article publié dans le numéro 566 de « Royaliste » – 4 novembre 1991