Fichtre ! Jean-Christophe Cambadélis part en campagne contre le Front national en collant une étiquette infamante sur la silhouette de Marine Le Pen qui crie à la diffamation lorsqu’on la place à l’extrême droite. Devinez qui sera le gagnant…

Avec l’habileté d’un apparatchik confirmé, celui qu’on appelle « Camba » a saisi la balle au bond. Marine Le Pen menace de poursuivre en justice tous ceux qui lui collent l’étiquette « Extrême droite » ? Dès le lendemain, l’éminence socialiste appelle à la riposte en des termes dignes des grandes épopées : « J’appelle tous les parlementaires, tous les démocrates à mettre sur leur blog ou site, statut Facebook, sur Twitter, poster partout le Front National, Marine Le Pen est d’extrême droite. Dresser un mur citoyen ! Elle ne passera pas ! ».

On frisonne. On est sur le front de Madrid : No pasaràn ! Et maintenant, contre le retour des heures les plus sombres, on dresse un mur citoyen. Quelle riche idée ! Vous voyez André Malraux dresser un mur citoyen ? Ce que le citoyen-maçon Cambadélis nomme un « acte de résistance » l’expose à un procès. Quel courage ! Comme souvent, les tragédies historiques sont rejouées en farce. Camba, maître-farceur, appelle à la mobilisation sur les blogs, Facebook et Twitter. Faites cliquer les claviers… et n’oubliez pas de noter au passage que Jean-Christophe Cambadélis a marqué un point contre Harlem Désir à qui nul n’a soufflé le « concept », désormais fameux, de mur citoyen.

Cela dit, le camarade Camba ne manque pas d’arguments : le Front national s’inscrit dans le courant du nationalisme xénophobe que les politologues situent à l’extrême droite. Marine Le Pen n’arrivera pas à intimider les militants cambadéliens – ni les journalistes qui affirment, avec Laurent de Boissieu de La Croix, que « sur le plan géographique, le FN se situe donc sans conteste à l’extrême droite du paysage politique ». Jean-Christophe Cambadélis pourra donc crier victoire, sans comprendre que la bataille sémantique est sans intérêt. Pourquoi ?

Marine Le Pen mène, après son père, une opération de harcèlement tactique pour tenter de se débarrasser d’une étiquette et faire valoir son ni droite, ni gauche. Jean-Christophe Cambadélis mène une contre-offensive stratégique destinée à briser l’élan du Front national. Or il frappe dans le vide. Ceux qui ont crié dans les rues F comme fasciste, N comme nazi  n’ont pas empêché Jean-Marie Le Pen d’arriver au second tour en 2002. Nous l’avons dit cent fois, le vote frontiste est pour une part un vote de provocation : plus le Front national paraît embarrasser les oligarques, plus en a envie de voter pour lui. Par voie de conséquence : plus la gauche dénoncera le danger d’extrême droite plus on votera frontiste. Camba est dans la nasse.

***

Article publié dans le numéro 1042 de « Royaliste » – 2013