Théorisée par les ultralibéraux, concrétisée par les gouvernements de droite et de gauche depuis plusieurs décennies, la violence économique engendre la violence sociale, dans une nation de plus en plus divisée entre riches et pauvres.

Cette violence sociale a été longtemps, trop longtemps contenue. Elle a été canalisée par les grandes manifestations syndicales, dont les gouvernements ne tiennent plus aucun compte depuis l’immense protestation contre la réforme des retraites en 2010. Elle a été orientée vers les immigrés ou supposés tels et le Front national a été pendant 34 ans le grand organisateur de cette opération de diversion, indispensable à la caste dirigeante quand il s’agissait de faire peur les jours d’élection. Avec la révolte des Gilets jaunes, le scandale de l’injustice sociale redevient la question politique essentielle.

Né d’une jacquerie fiscale qui s’est développée en revendication générale sur le pouvoir d’achat, le mouvement qui secoue la France rappelle une vérité fondamentale : le pouvoir politique a pour fonction essentielle de poser les conditions de la justice sociale, sinon il perd sa légitimité. C’est parce qu’ils ignoraient cette fonction que les présidents et les partis dominants ont été tour à tour éliminés. Emmanuel Macron a profité de ce dégagisme et pris le pouvoir « par effraction » comme il s’en est vanté. Puis il a concentré le pouvoir sur sa personne pour mettre plus que jamais le gouvernement au service des riches. Cette hyper-concentration du pouvoir fait qu’il est aujourd’hui directement accusé. La guerre de classe dont il s’est fait l’agent se retourne en guerre ouverte contre sa classe, à juste titre désignée comme bloc oligarchique ou « bloc bourgeois ».

Depuis le 17 novembre, cette oligarchie naguère conquérante va de défaite en défaite. Elle est et se sait ultra-minoritaire, dans la société et dans le corps électoral. De surcroît, Emmanuel Macron est un homme isolé. Nommer Castaner à l’Intérieur, c’est avouer qu’il n’y a aucune réserve de personnalités capables de gouverner. Convier Alain Juppé, François Bayrou et Jean-Pierre Raffarin à un « dîner secret » en vue des élections européennes, c’est avouer qu’on a comme ultime recours un comité de politiciens usés et dévalués quand ils ne sont pas déshonorés.

Face au mouvement populaire parti de la France périphérique et soutenu par une écrasante majorité de Français, la « gouvernance » a essayé des tactiques simultanées : diaboliser les Gilets jaunes en les présentant comme des Chemises brunes, rappeler les manifestants à leurs devoirs écologiques, tenter de noyer la contestation en proposant le dialogue et des mesures d’accompagnement dans une ambiance ponctuée par les déclarations de fermeté, les paroles de mépris et la dramatisation. Avant l’émeute parisienne du samedi 1er décembre, Emmanuel Macron a évoqué des « scènes de guerre ». Ce même samedi en début d’après-midi, les médias parlaient d’insurrection alors que les affrontements pouvaient encore être contrôlés mais on a laissé l’Arc de Triomphe sans protection policière à la différence de BFM TV. Quand l’émeute est devenue incontrôlable on a proclamé qu’elle était sous contrôle et, le lendemain, Emmanuel Macron s’est contenté de platitudes sur le maintien de l’ordre et le dialogue. Il espère que les images des dégâts susciteront un parti de l’ordre mais c’est une vision parisienne : il oublie que la France périphérique est le cœur battant de la révolte populaire, fruit de l’abandon et du mépris des « gouvernances » successives. Comment les classes moyennes et populaires pourraient-elles écouter les députés et ministres qui répètent que les « réformes » qu’ils subissent sont bonnes mais qu’elles n’ont pas encore produit leurs effets ?

Les Français qui manifestent depuis trois semaines exigent la justice sociale. Les revendications qui sont publiées sont précises et cohérentes : augmentation du Smic, salaire maximum, impôt sur la fortune et forte progressivité de l’impôt, Sécurité sociale pour tous, protection de l’activité économique nationale… C’est très exactement le contraire des « réformes » ultralibérales voulues par Bruxelles et Berlin, sur lesquelles le président des riches ne veut pas céder. Il est logique de demander la démission d’Emmanuel Macron. Il est indispensable de viser le cœur du système d’injustice afin de détruire, aussi vite que possible, le carcan des traités européistes. Le combat pour la justice ne fait que commencer.

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Editorial du numéro 1156 de « Royaliste » – 2018