Instituteur communiste,Georges Guingouin est l’une des grandes figures de la Résistance, qui fut victime de l’appareil stalinien…

Voici un livre à tous égards remarquable, que je présenterai sans faire de littérature afin de donner autant de raisons que possible de le lire, de le faire connaître, d’éviter la moue méprisante qui accueille les auteurs peu connus – de surcroît publiés en province. Que raconte donc Michel Taubmann (1), chez l’éditeur limougeaud Lucien Souny ?

L’histoire, lumineuse, d’un héros. Georges Guingouin, fils d’un sous-officier tué à la Grande Guerre et d’une institutrice, instituteur lui-même, militant communiste, fut le premier à prendre le maquis, spontanément, dès juin 1940. Presque seul au début, il recrutera et organisera les milliers de combattants du maquis limousin, dont l’importance militaire a été reconnue par le général Eisenhower. Figure déjà légendaire pendant la Résistance, Guingouin, « Lo Grand », sera fait Compagnon de la Libération.

L’histoire, sombre, de l’appareil communiste pendant la guerre – celle de ses fautes majeures, de son aversion pour les militants rebelles qui ne suivent pas les consignes ineptes ou scandaleuses, des manœuvres et des coups bas par lesquels on tente de les éliminer. « Lo Grand » est de ces fortes têtes, de ces hommes au franc parler.

L’histoire, triste, des lendemains de la Libération lorsque les bureaucrates du Parti s’emploient méthodiquement à marginaliser ou à éliminer les héros de la Résistance. Par exemple Charles Tillon, chef des FTP, sera exclu du Parti alors que Georges Marchais, employé chez Messerschmitt, connaîtra l’ascension que l’on sait. Maire de Limoges de 1945 à 1947, Guingouin sera lui aussi progressivement écarté des responsabilités, puis exclu du Parti.

L’histoire, ignoble, de la vengeance de l’appareil stalinien contre « Lo Grand ». Campagnes de diffamation, tentatives d’assassinat, prison, hôpital psychiatrique : le héros du maquis limousin subira un interminable procès à la mode moscovite, devant son organisation puis devant les tribunaux français qui reconnaîtront tardivement son innocence.

Confrontation terrible de deux communismes : celui de Staline et de ses épigones, celui des héros et des justes. Si les premiers épouvantent, n’oublions pas les seconds.

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(1) Michel Taubmann, L’affaire Guingouin, Lucien Souny, 1994.

Article publié dans le numéro 635 de « Royaliste » – 1995