Président du Comité directeur de la Nouvelle Action royaliste, Nicolas Palumbo dénonce la loi Macron et les nouveaux projets gouvernementaux qui menacent la protection sociale.

Plus que les querelles internes au Parti socialiste et plus que l’absence d’alternative politique à droite, le lamentable épisode de la loi Macron « pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques » (qui compte quelque deux cents articles traitant pêle-mêle de l’ouverture à la concurrence du transport par car, de l’extension du travail du dimanche, de la réforme des professions du droit et des conseils de prud’homme, des licenciements collectifs et offre même la possibilité aux postiers de faire passer le permis de conduire), révèle une nouvelle soumission de la France aux diktats de Bruxelles et de Berlin, et un nouveau renoncement de Manuel Valls aux valeurs de justice sociale fondatrice du socialisme, sinon du Parti socialiste. Initialement, le débat du projet de loi à l’Assemblée nationale devait durer deux semaines pour une adoption du texte en première lecture dans la foulée, soit, avant le 27 février, date à laquelle la Commission européenne doit rendre publique ses nouvelles recommandations pour la France. Il était donc important que le projet de loi Macron soit adopté avant, au risque de voir Bruxelles refuser à la France le report à 2016 ou 2017 du délai nécessaire pour atteindre les 3 % de déficit public. Mais le retard accumulé, du fait du nombre élevé d’amendements, et la menace de rejet que faisaient peser les députés PS frondeurs risquaient de perturber le calendrier de Manuel Vals et de son ministre de l’Economie. D’où le recours à l’article 49.3 de la constitution : le texte a, ainsi, été entériné sans vote après le rejet par les députés de la motion de censure déposé par l’UMP et l’UDI.

Le Premier ministre a donc emporté une première bataille qui lui permettra de se présenter serein devant ses censeurs, mais le risque est grand que Bruxelles ne se contente pas de cette loi qui, à ses yeux, ne va pas assez loin. De même que, il y a un an, tout en décernant un satisfecit au Crédit d’impôt pour l’activité et l’emploi (CICE) et au Pacte de responsabilité, elle reprochait leur timidité à ces deux dispositifs, pourtant favorables aux entreprises et pénalisant pour les ménages. D’où cette déclaration de Manuel Valls le 19 février devant les députés : « Nous continuerons sans relâche à réformer ». D’où, également, l’entretien d’Emmanuel Macron au Journal du dimanche, trois jours plus tard : « de nouvelles réformes sociales arrivent ». Ainsi, après la loi Macron I se profile une loi Macron II ou son équivalent. Les orientations du Programme national de réformes (PNR) présentées lors du conseil des ministres du 18 février en donnent déjà une idée. Depuis 2010, les Etats sont, en effet, contraints de présenter à la Commission européenne les réformes structurelles qu’ils envisagent de mettre en œuvre pour atteindre les objectifs fixés par la stratégie « Europe 2020 » pour une croissance économique « intelligente, durable et inclusive » (tout un programme) qui a succédé à la stratégie de Lisbonne. Dans ce cadre, il est ainsi prévu une poursuite de la réforme du marché du travail, dans le but de le « fluidifier », d’entamer la réforme des retraites complémentaires, une « adaptation plus profonde » du financement des systèmes de retraite et une réforme de l’assurance chômage. Il a également été évoqué une maîtrise des dépenses de santé qui passerait par une économie de dix milliards. Concrètement, cela signifie que, pour satisfaire la Commission, la France devra introduire plus de souplesse dans les contrats de travail, revoir le dialogue social et la représentation des salariés dans les entreprises, réformer la fiscalité du capital, repousser l’âge de départ à la retraite, ouvrir la protection sociale à des financements privés… Bref, de sacrifier sur l’autel d’une construction européenne d’inspiration ultralibérale et dominée par l’Allemagne son pacte social au nom d’une promesse de croissance plus qu’hypothétique.

Tel est le programme de Manuel Valls pour les deux années qui nous séparent de l’élection présidentielle. Cet acharnement réformiste n’a rien de surprenant de la part d’un Premier ministre qui fut proche de Michel Rocard à Matignon au début des années 1990 et qui se réclame d’un courant de pensée (1) pour lequel la réforme et la modernité constituent les fondements de son projet politique, déconnecté de tout souci du long terme. C’est vrai au niveau économique, ça l’est aussi pour ce qui touche à l’Education, à la Justice, à la Police… sans aucun sens du bien commun, avec pour seule ambition son ascension personnelle.

Nicolas PALUMBO

 (1) Auquel se rattache aussi la CFDT, dans le monde syndical, dont les anciens dirigeants peuplaient les cabinets ministériels des gouvernements Mauroy, Fabius et Rocard entre 1981 et 1992. Jacky Bontems, ancien numéro deux cédétiste, était conseiller officieux du Premier ministre Jean-Marc Ayrault et conserve une certaine influence à travers ses réseaux.

Cf. Sous la direction de Cécile Guillaume – « La CFDT, sociologie d’une conversion réformiste », Presses universitaires de Rennes, coll. Pour une histoire du travail, 2014, 276 pages, prix public : 19 €.