La mort de Claude Nicolet nous affecte et me fait tout particulièrement de la peine. C’est François Luchaire, autre ami disparu, qui m’avait présenté à lui en 1988 lors d’une réunion du Comité de soutien à François Mitterrand. Peu de temps après l’élection présidentielle, l’auteur de « L’idée républicaine en France » avait été l’invité de l’un de nos Mercredis parisiens et nous avions entamé un débat qui s’est poursuivi lors de nouvelles réunions mais aussi à la radio lors du bicentenaire de la 1ère République et dans les colonnes de « Royaliste » (1).

Nous admirions ce savant républicain-républicaniste, qui trouvait stimulante la dialectique des républicains-royalistes. C’est dire que la même conception de la res publica nous unissait et nous avons souvent regretté que la gauche n’aille pas prendre ses leçons chez Claude Nicolet. Hélas ! Arrivé en retard chez lui un matin de 1993, je lui dis en guise d’excuse que j’avais été retenu à un petit-déjeuner à l’Elysée. Il m’apprit alors qu’il n’avait jamais été convié par François Mitterrand, que j’avais croisé deux jours avant place Saint-Sulpice, flânant en compagnie d’un bas courtisan. Même le président de la République ne daignait pas recueillir les avis de ce grand homme de gauche, fidèle à la tradition radicale-socialiste. Il est vrai que notre ami avait été proche de Pierre Mendès-France…

J’espère que les royalistes ne seront pas les seuls à poursuivre un dialogue, désormais silencieux, avec Claude Nicolet.

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(1) cf. par exemple ma lettre ouverte sur la tradition républicaine : http://www.bertrand-renouvin.fr/?p=267

 

Article publié dans le numéro 983 de « Royaliste » – 2011