Agir dans l’incertitude (1), cela n’empêche pas d’anticiper. A partir des observations faites sur le déroulement des événements. A partir des menaces latentes que l’on peut discerner dans des secteurs fragiles ou déjà perturbés.  

Qu’il s’agisse de prévision ou de discernement quant aux ravages de la pandémie, la “gouvernance” a toujours un temps de retard. Agnès Buzyn a avoué le 17 mars que l’Elysée et Matignon savaient depuis janvier l’arrivée imminente de l’épidémie. Pourtant, pas de contrôle de température aux frontières, pas de stockage de masques, pas de commandes de matériel médical supplémentaire. Et cette Madame Buzyn qui abandonne le ministère de la Santé pour mener à Paris une campagne qu’elle décrit aujourd’hui comme une “mascarade”. Et cette “gouvernance” qui maintient le premier tour des municipales alors qu’elle ordonne le jeudi 12 la fermeture des cafés et restaurants à minuit et celle des établissements d’enseignement le vendredi 13 au soir. Tout cela après avoir multiplié les déclarations et démonstrations apaisantes tandis que les médias entretenaient une panique propice au stockage, par certains, de masques et de gels hydroalcooliques. Tout cela alors que nous avions sous les yeux la situation de plus en plus dramatique de l’Italie… 

Pour masquer ses aveuglements et ses retards, Emmanuel Macron a pris le soir du 16 mars une pose martiale. Il se voulait mobilisateur, il a été pathétique. 

“C’est la guerre” ? Il fallait nous dire cela en janvier et ne pas aller au théâtre avec madame le 7 mars pour inciter les Français à sortir malgré le Coronavirus… Et il fallait reporter les élections du 15 mars alors que leur maintien a donné à certains Français un sentiment illusoire de sécurité qui les a amenés à aller se promener. C’est sur ces citoyens imprudents que les médias et les hiérarques moralisent alors que c’est le laisser-faire de la “gouvernance” qu’il faudrait dénoncer car c’est bien elle qui a adressé aux Français des injonctions contradictoires : restez chez vous et sortez pour voter !  J’observe cependant que ce peuple individualiste a respecté les consignes de confinement le 17 mars à partir de midi.  

“C’est la guerre” ? On imagine le maréchal de Mac-Mahon lançant cet avertissement alors qu’il se replie sur Sedan, le 30 août 1870.

 “C’est la guerre” ? Mais alors il fallait équiper les soldats qui luttent aujourd’hui contre l’épidémie. En janvier, en février, on maudissait en haut lieu les personnels de la santé publique qui étaient en grève et dans les rues pour défendre l’hôpital. Aujourd’hui, on les couvre de fleurs rhétoriques au lieu de les fournir en matériel médical. Et ce sont les médecins qui auront la terrible responsabilité de faire le tri entre les malades que l’on peut sauver et ceux qu’on laissera mourir faute de ces lits qu’on a supprimés par milliers, faute de ce matériel qu’on a refusé d’acheter au nom de la sacro-sainte réduction des coûts.

Incapable d’anticiper sur l’épidémie qu’elle voyait pourtant venir, cette “gouvernance” reste inerte devant les signes annonciateurs d’une catastrophe économique et financière. Il est bien sûr indispensable d’aider les entreprises industrielles et commerciales qui sont à l’arrêt ou en activité réduite et de geler la réforme de l’assurance-chômage qu’il faudrait d’ailleurs annuler tout comme celle des retraites. Mais les médias qui excellent à créer la panique en période d’attentat et d’épidémie sont d’une très remarquable discrétion quand il s’agit des krachs boursiers. Certes, cela se passe sur la planète financière, à des années-lumières de nos vies, mais il se trouve que les banques sont à la jointure entre le monde de la finance et le nôtre. Or on nous dit depuis des années que les banques sont des pyramides de crédits surchargées en titres pourris. Or nous voyons que la Banque centrale européenne a décidé de ne rien décider le jeudi 12 mars… parce qu’elle n’a plus les moyens d’agir. Christine Lagarde le dit clairement : elle attend “une coordination budgétaire des gouvernements”.  

Comme la “coordination” ne se fera pas avant les calendes grecques, il faut que la France choisisse une politique de déficit budgétaire sans plus se soucier des contraintes austéritaires. Comme cela ne suffira pas, il faut que la France choisisse une politique monétaire indépendante – ce qui suppose la nationalisation de la Banque de France et la fin de la zone euro. Pour anticiper la catastrophe bancaire, il faut aussi nationaliser le crédit dans son ensemble afin que le secteur financier soit remis au service de l’économie. La nationalisation de l’industrie pharmaceutique en vue de la reconquête de notre souveraineté en ce domaine est quant à elle imposée par les circonstances. 

Face à la triple crise sanitaire, économique et financière, la “gouvernance” ultralibérale a fait faillite. Malgré son travail de sape, nous avons encore un Etat. Mais c’est un gouvernement qu’il nous faut. 

***     

(1) Cf. l’éditorial du numéro 1185 de “Royaliste” : Agir dans l’incertitude, disponible sur ce blog.