Il ne suffit pas de prendre le pouvoir. Il faut ensuite se montrer capable de décider. Or la décision politique n’est pas un savoir qui s’acquiert dans les Grandes écoles, ni un trait naturel du caractère, mais le fruit d’une réflexion sur l’histoire qui vient tempérer les belles résolutions volontaristes.

On décide sous l’effet de la surprise, dans l’incertitude, dans la méconnaissance de l’ensemble des facteurs qui permettraient d’agir à coup sûr. La décision est une épreuve vécue dans l’angoisse. Elle sera d’autant mieux surmontée qu’on aura acquis une conviction naguère formulée par le général de Gaulle : l’ordinaire n’est jamais qu’une atténuation de l’extraordinaire (1).

C’est cette intelligence de l’histoire qui manque au clan Macron. La tête farcie de bavardages managériaux sur la “réactivité”, “l’agilité”, le “proactif” et le “disruptif”, ces progressistes apparaissent plus que jamais comme une troupe prisonnière de ses routines gestionnaires et de ses clichés idéologiques. Confronté à l’effondrement du discours sur le marché mondialisé et au naufrage de ses ambitions européistes, le chef de clan voudrait qu’on le regarde comme le Clemenceau et le Churchill de la “guerre” qu’il a proclamée sur le front … de la communication. Mais la mise en scène présidentielle est elle aussi un fiasco pour une raison toute simple : on nous annonce un chef d’Etat et une allocution churchillienne alors que nous voyons paraître un personnage sans cesse dominé par les circonstances, une girouette qui tourne au gré des groupes de pression.

Les circonstances, dans la crise sanitaire, cela s’appelle la pénurie due à l’imprévoyance, à la réduction des effectifs et des moyens, à l’absurde confiance placée dans le “Marché”. C’est la pénurie de masques, de tests, de matériel médical, de médicaments indispensables qui a imposé le confinement de la population, alors que les postures et les déclarations d’Emmanuel Macron indiquaient sa préférence pour l’immunité collective.

Soudain annoncé pour le 11 mai par Emmanuel Macron, le déconfinement n’a pas été justifié par une garantie d’approvisionnements suffisants. On demande à la population de fabriquer ses propres masques en répétant que “c’est mieux que rien”, ce qui signifie que l’Etat n’est toujours pas capable de protéger les citoyens. On laisse dans le flou des annonces confuses et des déclarations contradictoires la question des tests. On apprend du ministre de l’Intérieur que le déconfinement du 11 mai n’est pas une certitude et l’on voit à la télévision le ministre de l’Education nationale égrener les réponses dilatoires comme s’il n’avait pas la moindre idée sur la manière dont pourrait s’organiser la réouverture des crèches, des écoles, des collèges et des lycées.

Les commissions d’enquêtes parlementaires établiront les conditions exactes dans lesquelles l’allocution du 13 avril a été mise au point. Mais nous pouvons aujourd’hui tenir pour probable que la reprise du travail, qui suppose que les parents n’aient plus à s’occuper de leurs enfants dans la journée, a été annoncée sous la pression du patronat. Et c’est sous la pression d’autres groupes que les personnes âgées, sommées de rester confinées après le 11 mai au cours de l’allocution du lundi 13 avril ont été informées dans la soirée du vendredi 17 qu’elles seraient libres de sortir…

L’indécision élyséenne et les improvisations gouvernementales engendrent des réactions désordonnées mais dictées par le souci de compenser les carences du sommet. Des régions mettent en place des dispositifs de test, la présidente de la région Ile-de-France annonce que le télétravail continuera d’être privilégié après le 11 mai et certains maires ne veulent pas rouvrir les écoles… Les médias télévisés continuent selon leur détestable habitude à mouliner de “l’émotion”, en l’occurrence à diffuser de l’angoisse. Comme le corps médical sans cesse sollicité sur les plateaux ne parvient pas à se mettre d’accord sur les moyens de maîtriser la pandémie et de traiter le virus, les citoyens sont laissés seuls face à leurs doutes, à leurs angoisses, à leur détresse que compensent, parfois, les élans de solidarité.

L’indécision caractérise aussi la politique économique. Comme nous l’avons déjà souligné, les mesures prises, aussi nécessaires soient-elles, sont trop faibles et tardives. Dès mars, il fallait reprendre le contrôle des banques et procéder aux premières nationalisations – en commençant par Luxfer, le fabricant de bouteilles d’oxygène. Nous allons subir les conséquences des mesures minimalistes prises par une “gouvernance” qui ne voit pas plus loin que les intérêts de l’oligarchie, qu’on masque aujourd’hui sous des formules démagogiques. Après avoir évoqué l’indépendance nationale, Emmanuel Macron a osé faire allusion le 13 avril au programme du Conseil national de la Résistance – qui était voué à la destruction complète sous le coup des “réformes”. Qui peut être dupe de tels procédés ?

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(1) Cf. Arnaud Teyssier : De Gaulle face aux tragédies collectives, Fondation Charles de Gaulle, 11 avril 2020.

Editorial du numéro 1188 de « Royaliste » – Avril 2020