En février dernier, Coralie Delaume et David Cayla lançaient une pétition, que nous fûmes parmi les premiers à relayer, contre la privatisation d’Aéroports de Paris. L’appel eût un large écho, puisque plus de 320 000 personnes ont apporté leur soutien à ce texte qu’il est toujours possible de signer (1). Il ne fait pas de doute que cette pétition a joué un rôle décisif dans une prise de conscience collective qui s’est étendue au Parlement : pendant les débats sur la loi Pacte à l’Assemblée nationale et au Sénat, 218 parlementaires appartenant à diverses formations de droite et de gauche ont lancé la procédure du Référendum d’initiative partagée en signant, selon l’article 11 de la Constitution, une proposition de loi référendaire qui permet d’organiser la collecte de signatures de soutien.

Nul n’ignore que le chemin vers ce référendum est malaisé. Il faut réunir 4,7 millions de signatures – le dixième des électeurs inscrits, et c’est seulement si la proposition de loi n’a pas été examinée au moins une fois par chacune des deux assemblées dans un délai de six mois qu’un référendum sera organisé. La campagne qui a commencé le 13 juin et qui va durer neuf mois se déroule dans des conditions très difficiles. De nombreux citoyens trouvent bien compliqué de déposer leur signature sur Internet ou dans une mairie. De plus, les médias font silence sur la campagne qui se déroule dans la rue et sur les réseaux sociaux. Ce sont des obstacles sérieux. Ils ne sont pas insurmontables, dès lors que nous saurons démontrer le caractère crucial de l’enjeu.

ADP est une société détenue majoritairement par l’Etat. Dans une démocratie, l’Etat administre les entreprises qui relèvent de son domaine dans l’intérêt général et confirme ainsi la légitimité qu’il tire du suffrage universel. Le gouvernement, et les administrateurs qui obéissent à ses injonctions, ne sont pas possesseurs des entreprises publiques. Ils assument la gestion de biens qui appartiennent à la collectivité nationale. Une privatisation est par conséquent une dépossession, et c’est tout spécialement la dépossession de ceux qui n’ont rien. Après les nationalisations de l’après-guerre, les plus pauvres des citoyens français possédaient collectivement des banques, des compagnies d’assurances, des compagnies aériennes, des industries. Après 1986, des gouvernements de droite puis de gauche ont opéré sous divers prétextes un gigantesque transfert de capital, du domaine public vers le privé. L’efficacité a souvent été invoquée mais de nombreuses entreprises ont sombré ou sont passées sous contrôle étranger – Total, Péchiney, la BNP… La dépossession juridique a entraîné un appauvrissement collectif et d’innombrables souffrances individuelles dues aux plans de licenciements.

C’est cette logique de dépossession et d’appauvrissement qui est à l’œuvre dans la privatisation d’ADP. La première société aéroportuaire au monde verse chaque année entre 100 et 200 millions de dividendes à l’État. Le gouvernement accepte donc de priver l’Etat de ces recettes assurées et, de surcroît, le gouvernement a prévu d’indemniser les actuels actionnaires minoritaires et d’accorder au secteur privé une concession de 70 ans au terme de laquelle il s’est engagé à indemniser les propriétaires.  Nous gagnons de l’argent avec ADP, et on nous annonce qu’on va payer pour privatiser puis payer à nouveau pour renationaliser ! Pour les sociétés capitalistes, l’opération sera d’autant plus juteuse que le Groupe ADP dispose d’un important domaine foncier (6 700 ha) à Paris et en Région parisienne, qui serait livré à la spéculation dans le parfait mépris de l’urbanisme et de l’écologie.

Enfin, les aéroports de Paris, qui accueillent une centaine de millions de voyageurs chaque année, constituent la plus importante frontière de notre pays, et la plus exposée aux attaques terroristes. Même si la Police et les Douanes ne cesseront pas d’opérer dans les aéroports privatisés, les propriétaires privés n’hésiteront pas à faire des économies sur les équipements de sécurité pour maximiser leurs profits.

Contre la privatisation absurde et scandaleuse de nos aéroports, la Nouvelle Action royaliste souhaite  l’unité d’action de tous les partis, groupes et personnalités, décidés à rassembler les signatures indispensables à l’organisation d’un référendum.

Le Comité directeur de la Nouvelle Action royaliste

(1) https://www.change.org/p/non-%C3%A0-la-privatisation-d-a%C3%A9roports-de-paris