Dans la 5ème République, le chef de l’Etat est en charge de l’essentiel. Le général de Gaulle était au plus haut point l’homme qui assumait cette charge et ses successeurs ont tenté avec plus ou moins de bonheur de l’imiter ou, du moins, de sauver les apparences. Pour tous, la tâche était difficile car il leur fallait affronter le paradoxe du président-arbitre, qui demeure, dans une certaine mesure, l’élu des uns contre les autres.

D’une observation directe de l’exercice de la fonction présidentielle pendant le double septennat de François Mitterrand, nous avons tiré de nombreuses leçons qui seront utiles lorsque la parenthèse sarkozienne sera refermée. Il faut, pour le moment, tenir ferme sur l’élémentaire car Nicolas Sarkozy a provoqué une rupture profonde avec la lettre et l’esprit de notre Constitution.

Dès lors, le programme d’une opposition qui serait effectivement soucieuse de la res publica paraît facile à formuler.

Il faudrait en appeler aux principes fondamentaux de la République :

- le respect de la souveraineté populaire implique le recours au référendum sur les questions qui engagent l’avenir de la nation. En refusant de consulter les Français, Nicolas Sarkozy choisit délibérément le déni de démocratie qui le prive de la légitimité républicaine qu’il avait obtenue en mai dernier.

- le respect du Préambule de 1946 implique la lutte contre les monopoles. Un Président soucieux de l’intérêt général inciterait son Premier ministre à concevoir et à mettre en œuvre un plan de nationalisations. En affichant ses liens d’amitié avec Martin Bouygues, Bernard Arnault et Serge Dassault… Nicolas Sarkozy donne la preuve d’une partialité qui le disqualifie comme gardien des libertés publiques – la liberté d’expression étant étouffée par les potentats précités – et comme gardien du patrimoine industriel commun puisqu’il est l’artisan de nouvelles privatisations.

Il faudrait invoquer le « fonctionnement régulier des pouvoirs publics » que le président de la République est tenu d’assurer selon l’article 5 de la Constitution.

Le principe de séparation des pouvoirs implique que le chef de l’Etat n’assure pas les tâches de chef du gouvernement, ni celles de président du parti majoritaire et par conséquent, celles de chef de la majorité présidentielle.

En cumulant mandats et fonctions usurpés, Nicolas Sarkozy viole délibérément la Constitution.

Il faudrait invoquer l’indépendance nationale dont le président de la République est constitutionnellement le garant.

Alors que les bouleversements géostratégiques intervenus depuis 1990 commandent de quitter l’OTAN, Nicolas Sarkozy manifeste son intention de réintégrer complètement l’organisation militaire dirigée par les Américains. Cet alignement atlantiste, qui nous fait courir le risque de l’aventure militaire, est facteur de délégitimation : si Nicolas Sarkozy persévère, nous ne serons plus en mesure de préserver par nous-mêmes les conditions de notre liberté et de notre vie.

Il faudrait invoquer la défense de nos intérêts primordiaux, aujourd’hui directement atteints par le comportement insensé de la Banque centrale européenne, par la libre circulation des capitaux, par le dogme de la concurrence.

Au cours de sa campagne, Nicolas Sarkozy avait dénoncé l’euro fort et esquissé un projet protectionniste. Alors que la hausse de l’euro se poursuit, alors que les délocalisations se poursuivent et risquent de s’accélérer, Nicolas Sarkozy court d’un bout à l’autre de la planète, s’occupant de l’accidentel, de l’accessoire, du secondaire. Les contrats industriels avec l’étranger sont du ressort de Christine Lagarde. Les démarches humanitaires semblaient avoir été concédées à Bernard Kouchner… Nicolas Sarkozy intervient là où il n’est pas nécessaire. Il reste inerte sur l’essentiel alors que les conséquences de son inaction sont immédiates et destructrices.

Ouvrir une crise salutaire en Europe en menaçant de sortir de l’euro et de recourir à des mesures de protection douanière afin d’aboutir à une nouvelle organisation du continent européen : telle est la décision politique qui devrait être prise mais que MM. Bayrou et Hollande ne songent pas une seconde à réclamer.

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Editorial du numéro 915 de « Royaliste » – 2007