Cet éditorial est rédigé la veille des manifestations du 9 mars. Nul ne peut prévoir leur ampleur mais il est certain qu’un important mouvement social s’est déclenché. Plus d’un million de citoyens ont signé la pétition contre la loi El Khomri et, pour la première fois depuis les manifestations contre la réforme des retraites en 2010, plusieurs syndicats et organisations de jeunesse appellent les Français à se mettre en grève et à manifester le 31 mars. (1) Nous sommes en face d’un coup d’État juridique. Ce coup doit échouer. Ce qui signifie que le projet de loi doit être retiré.

Tel est l’objectif premier d’une lutte qui s’engage au moment où les facteurs de crise se conjuguent en France et en Europe de l’Ouest. À Paris, François Hollande a pris des initiatives désastreuses sur la déchéance de nationalité, sur le référendum censé régler le débat sur l’aéroport de Notre-Dame des Landes et maintenant sur la dérèglementation sociale - trois improvisations dont il ne sait comment se dépêtrer. Face à la révolte des agriculteurs, le gouvernement peut seulement gagner du temps et distribuer un peu d’argent puisque Bruxelles est maître du jeu. Face à l’exaspération des habitants de Calais, il cherche seulement à déplacer les migrants faute de se décider à affronter les Britanniques par la remise en question du traité du Touquet. Face aux petits et moyens entrepreneurs livrés aux ravages de l’ultra-concurrence, le gouvernement répond par des lois qui durcissent la guerre de tous contre tous. Face à la menace « djihadiste », on se contente de remédier à quelques carences au lieu de lancer un plan complet de rééquipement et de renforcement des effectifs de la police, au lieu de donner à notre armée les moyens qui lui sont indispensables. Là encore, les prétendus impératifs budgétaires - en fait les traités imbéciles dictés par Berlin - sont opposés aux policiers et aux militaires, tous mal protégés et qui font des efforts inouïs pour nous préserver des attentats.

Dilettante ou cynique, en tous cas parfaitement irresponsable, François Hollande plane sur cet immense désordre et se livre à des jeux dérisoires : il a répondu à l’ambition de trois écologistes de bazar, il a mis en rivalité Manuel Valls et Emmanuel Macron, qui se battent pour devenir le meilleur candidat ultra-libéral à la présidentielle de 2017 ou de 2022. Le parti dominant se noie quant à lui dans un débat hallucinant entre les héritiers de la politique « social-libérale » - les hollandistes - et les promoteurs de cette ligne parmi lesquels Martine Aubry. La même décomposition frappe la droite où, là aussi, on rivalise pour devenir le meilleur dans l’alignement sur Bruxelles, Berlin et Washington. Dans toute l’Europe de l’Ouest et sur fond de crises majeures, des processus de décomposition politique et sociale se déroulent en Irlande, en Italie, en Espagne, en Grèce…

Les manifestants et les grévistes de mars auront ces désordres et ces violences à l’esprit et beaucoup savent déjà que le retrait de la loi El Khomri sera une victoire insuffisante. Toutes les révolutions à accomplir - pour le développement économique, la sécurité sociale, l’environnement, la souveraineté diplomatique et militaire de la France, la refondation de l’Europe - se heurtent à l’obstacle des traités européens au travers desquels s’est affirmée la domination de l’Allemagne, qui utilise l’arme monétaire. C’est l’euro qui interdit les ajustements des monnaies par le taux de change et qui impose la « compétitivité » par la baisse des salaires et par la dérèglementation du travail. Pour en finir avec la précarité, pour satisfaire les demandes d’emploi, pour relancer la demande en direction des entreprises, pour amorcer la sortie de la crise agricole, il faut commencer par le commencement : faire sauter le verrou monétaire. Militants syndicalistes, nous devons faire comprendre aux directions syndicales que la cible, c’est l’euro. Militants politiques, nous devons dire dans toutes les assemblées de citoyens que la cible, c’est l’euro.

En face, ils veulent nous imposer le marché libéré ? Nous voulons nous libérer du carcan monétaire. Le choc doit être frontal.

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(1) Bien entendu, la Nouvelle Action royaliste appelle ses militants et ses sympathisants à se joindre aux manifestations et à participer aux grèves.