A Auschwitz le 27 janvier, M. Chirac a tenu des propos inacceptables. Evoquant les juifs français victimes du nazisme, le président de la République a déclaré ceci : « Votre souvenir, celui de ce « monde qui fut », est pour la France plus qu’une douleur. Il est la conscience d’une faute. Il est une exigence de responsabilité ».

Les citoyens français commémorent dans la douleur le soixantième anniversaire de la libération des camps. Au souvenir du génocide, ils savent mieux qu’avant la guerre les responsabilités qu’ils doivent prendre. Ils n’ignore pas que les collaborateurs de l’Occupant ont appelé à la persécution des Juifs, l’ont organisée et mise en œuvre. Ils n’oublient pas non plus que les traîtres ont été jugés, condamnés à la prison ou la peine de mort à la Libération – quand ils n’avaient pas été exécutés par la Résistance.

Contrairement à ce qu’affirment quelques plumitifs, ces souvenirs tragiques demeurent vifs et ils ont été transmis. Mais la politique de collaboration menée par certains individus, punis pour leurs crimes, n’autorise pas le président de la République française à proclamer à la face du monde,lors d’une cérémonie particulièrement solennelle, que la France a conscience d’une faute.

Cette opinion est scandaleuse : elle trouble les esprits, elle divise les citoyens, elle provoque une immense colère.

Il faut cependant opposer de froides raisons aux propos tenus par M. Chirac. L’important n’est pas de lui faire part de l’indignation d’une collectivité et de la blessure ressentie par plusieurs de ses membres, mais de dénoncer son irresponsabilité en ce moment précis de l’histoire : celui où les rescapés des camps nazis transmettent ce qu’ils ont vécu à leurs enfants, à leurs petits-enfants et à l’ensemble des générations qui n’ont pas subi le poids de la guerre.

On appelle cela le « devoir de mémoire » sans jamais penser aux possibles errements de ceux qui font la dictée. Le devoir, pour M. Chirac, c’est l’obligation d’enseigner l’histoire d’une faute, la mémoire d’une terriffiante culpabilité. Pour lui « notre pays a reconnu en 1995 ce que fut la réalité de son histoire. Ce que furent ses responsabilités ». Selon lui, « c’est dans cet esprit que nos professeurs ont le devoir et la mission de transmettre et de transmettre encore toute la vérité sur ces années ».

Comme si la vérité pouvait tenir dans ce mélange de dolorisme et d’inventions historiques.

La vérité a été énoncée par le général de Gaulle dès 1940 et par tous nos chefs d’Etat jusqu’en 1995 : Vichy fut un pouvoir de fait, non un Etat de droit. Vichy était illégitime selon toutes les définitions de la légitimité : le dictateur autoproclamé acceptait la destruction de l’unité du pays et la perte de l’indépendance nationale, ne garantissait pas la sûreté des citoyens, récusait les droits de l’homme et dirigeait le pays sans constitution.

Tous les actes de ce pouvoir de fait étaient illégaux, pour cette seule raison que la loi est l’expression de la volonté générale et que celle-ci ne pouvait en aucune manière s’exprimer .

Si l’on reconnaît aujourd’hui la légalité d’un pouvoir qui a constamment violé la Déclaration de 1789 et les principes généraux du droit (égalité, non rétroactivité des lois…), alors il faut en tirer toutes les conséquences :dire que la condamnation à mort du général de Gaulle était justifiée, dire que les Résistants étaient les voyous et les terroristes dénoncés par la presse vichyste et pourchassés par la Milice.

En vieil expert des poids et mesures, M. Chirac a remercié les « Résistants, militants politiques et syndicaux, patriotes, condamnés parce qu’animés d’une certaine idée de l’homme, de la nation, de la société, de la France, votre patrie (…) ». Mais ce fut après avoir renié leur conviction première : l’idée simple et juste que la France était à Londres avec le général de Gaulle, à Alger avec le Gouvernement provisoire, qu’ils étaient eux-mêmes, à Koufra, à Bir Hakeim, dans leurs réseaux et leurs maquis, la France combattante.

M. Chirac a-t-il jamais su ce qu’il en est de la France ?

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Editorial du numéro 853 de « Royaliste » – 2005