Les propos officiels et les éditoriaux de la presse bien-pensante ne peuvent rien contre la vérité historique : la France n’est pas coupable des crimes et des persécutions commises sur le territoire métropolitain pendant l’Occupation.

Lors de la publication du rapport de la mission sur la spoliation des Juifs de France, les maîtres autoproclamés de la moralité publique nous ont invité, une fois encore, à battre notre coulpe. Nous ne le ferons pas.

L’enquête effectuée sous la direction de Jean Mattéoli était indispensable. Il est juste que toutes les restitutions soient faites, et utile que les sommes en déshérence servent à financer une « Fondation pour la mémoire » des victimes de la Shoah. Mais la France n’est pas responsable des exactions de Vichy, ni coupable d’avoir massivement spolié et livré aux nazis des réfugiés et des citoyens français de tradition juive : contrairement à ce qu’écrit l’éditorialiste du Monde (19/4), il n’y a pas eu pas eu « crime d’Etat », puisqu’il n’y a pas d’Etat hors du droit, mais des actes criminels perpétrés par un pouvoir de fait.

Autrefois incontestées, ces vérités sont devenues malséantes depuis que Jacques Chirac a déclaré que la France avait commis « l’irréparable » lors de la rafle du Vel’d’Hiv ; et ces vérités sont plus tolérées depuis que Lionel Jospin a repris le même terme pour fustiger des crimes qu’il attribue, plus hypocritement, à «un gouvernement, une administration de notre pays ».

Quelques mots prononcés par des officiels ne peuvent entraîner la révision de notre histoire pour complaire à un quarteron de journalistes qui font campagne depuis des années pour que les Français mettent la France en situation d’accusée. Les déclarations inconséquentes du président de la République sont nombreuses et le Premier ministre n’en n’est pas à une hypocrisie près. Que ces hauts personnages prennent garde, cependant : à force d’être incités au « devoir de mémoire » nous pourrions nous souvenir de la sympathie de Jacques Chirac pour certain ministre (socialiste) de Vichy, et de la vie de la famille Jospin au temps de la Révolution …nationale.

Mesurées à l’aune de la démagogie et de la compensation psycho-pathologique, les opinions de MM. Chirac et Jospin doivent être tenues pour des provocations indécentes, qui s’inscrivent dans la tentative de liquidation des idées politiques et sociales de la Résistance et de disqualification de ceux qui l’ont incarnée. Un des procédés utilisés à cette fin consiste à dénoncer, à la manière de l’anonyme du Monde déjà cité, les « ambiguïtés gaullienne et mitterrandienne » concernant le passé vichyssois.

Insinuation ridicule et perverse. Les ambigus se nomment Georges Pompidou et Raymond Barre, pour ne citer qu’eux, alors que Charles de Gaulle et François Mitterrand ont veillé sur notre mémoire collective avec une constante rigueur.

Sur le passé infiniment douloureux, nos sentiments d’admiration et de reconnaissance sont confortés par l’ordre des raisons symboliques et juridiques. Si Vichy était « la France », au nom de quoi luttaient, souffraient et mouraient les résistants de l’intérieur, les déportés, les internés ? Et comment désigner désormais la France libre et la France combattante ?

La France n’est pas là où il n’y a plus d’autorité légitime et de pouvoir légal agissant au nom de la nation souveraine. Le « gouvernement de Vichy », administrant sous la contrainte un territoire militairement occupé et partiellement démembré, ne fut jamais rien d’autre qu’un pouvoir de fait, résultat d’une manipulation légale suivie d’une usurpation (en négation de la « forme républicaine ») puisque ce régime n’avait ni constitution, ni institutions représentatives capables d’en adopter une.

Aucun discours, aucune mise en demeure ne détruira l’évidence. Dans l’ordre symbolique, la France est à Londres dès le 18 Juin 1940, puisque c’est là que continue la lutte pour l’indépendance nationale. Juridiquement, la France est à Alger, préfecture d’un département français, à partir du 3 juin 1943, date de la création du Comité français de la libération nationale – gouvernement provisoire de la France qui sera rapidement reconnu par trente-sept pays et qui abrogera en 1944 l’ensemble de la réglementation vichyste. En droit, en acte, la France n’est pas coupable.

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Editorial de « Royaliste » numéro 749- 2004