Vingt-huit ans après la fin de la guerre d’Algérie, la situation des Harkis ne constitue pas seulement un scandale : c’est, pour la France, un déshonneur.

Les Harkis étaient des soldats engagés dans ce qu’on appelle pudiquement les « opérations de maintien de l’ordre » en Algérie. Engagés par les officiers français, sur la promesse que la France resterait. Puis, au moment de l’indépendance, abandonnés sur place par la France et voués à la torture, à la mort lente dans des camps ou à l’exécution sommaire. La honte absolue, ô général de Gaulle !

Ceux qui parvinrent à se réfugier en France furent regroupés dans des camps, dans l’attente de leur intégration à la société française. Certains sont morts, beaucoup attendent toujours et se désespèrent d’autant plus que leurs enfants sont eux aussi marginalisés et exclus. De fait, les Harkis subissent une exclusion multiforme : titulaires d’une carte nationale d’identité, et souvent d’une carte d’ancien combattant, ces Français sont considérés comme des immigrés par leurs concitoyens dits «de souche» et rejetés par les immigrés Algériens en raison de leur engagement passé. Quant aux gouvernements successifs de la France, ils n’ont cessé de les oublier.

C’est contre cet « oubli » que les Harkis avaient lancé un mouvement de protestation de grande ampleur en 1975. De toutes les formations politiques du pays, les royalistes avaient été les seuls à les soutenir : l’extrême droite de l’époque se souciait des harkis comme d’une guigne et la gauche humanitaire fermait les yeux. Manifestations, occupations, grèves de la faim avaient marqué cette lutte. Quelques mesures avaient été prises, et des promesses avaient été faites…

Et depuis ? La gauche est venue, mais rien ne s’est passé. Il y a toujours des camps (Bias), les indemnités promises en 1962 n’ont pas été totalement versées, l’intégration n’est toujours pas faite, ni pour les Harkis, ni pour leurs enfants. Alors, le 4 octobre à Agen, il y a eu une manifestation pacifique pour demander la réunion de la table ronde promise par Claude Evin depuis… un an. Comme on ne leur répondait pas, ils ont occupé le Service central des rapatriés et demandé à être reçus par le président de la République. Une charge de CRS a été la seule réponse, qui ne pouvait provoquer qu’un surcroît de colère et de nouvelles actions.

L’Elysée, Matignon et le délégué interministériel aux rapatriés continueront-ils à bercer les Harkis de bonnes paroles et de fausses promesses ? La France a contracté à leur égard une immense dette. Après vingt-huit années d’un silence méprisant, il faut qu’elle l’honore.

***

Article publié dans le numéro 545 de « Royaliste » – 5 novembre 1990