Pour la Nation, la Loi et le Roi. La devise inscrite sous le titre de « Royaliste » depuis le changement de maquette a suscité des interrogations et des critiques. Pourquoi donc choisir ces trois mots, et leur mettre des majuscules ?

 

Nous pourrions répondre sur le mode de l’évidence : et pourquoi pas ? Nous sommes partisans de l’Etat de droit, persuadés que les nations ne sont pas dépassées et nous voulons expliquer que le roi est nécessaire pour incarner la monarchie républicaine qui est, dans sa formulation gaullienne, le résultat d’un long et difficile cheminement historique.

Mais justement, nous avons voulu évoquer ce cheminement historique et rappeler, par la même occasion, la manière dont “Royaliste” et la Nouvelle Action royaliste s’inscrivent dans l’histoire de la nation française.

Il y a bien sûr le tronc commun à tous les Français : la monarchie capétienne qui construit l’Etat et qui réalise par ce moyen l’unité du royaume. C’est ce royaume qui engendre la nation moderne au moment de la Révolution française et c’est à ce moment que les diverses tendances royalistes commencent à s’affirmer. Lesquelles ?

Il y a bien entendu les royalistes réactionnaires qui vont former jusqu’à nos jours la tendance contre-révolutionnaire. Mais il y a aussi ceux qu’on ne voit jamais dans les films plus ou moins historiques et qui vont pourtant jouer un rôle décisif dans le déclenchement de la Révolution puis un rôle moteur dans la Constituante : les Monarchiens qui veulent faire la Révolution avec le roi et pour la nation. Mounier, Malouet, Lally-Tollendal sont nos ancêtres, qui se relient au vieux parti des Politiques car ils s’inspirent de Montesquieu. Les trois premiers articles de la Déclaration de 1789 sont rédigés par Mounier qui influence la rédaction de plusieurs autres articles et les monarchiens sont parmi les inspirateurs de la Nuit du 4 Août. Ils veulent la liberté, l’égalité et la souveraineté et ils sont persuadés que l’autorité royale est indispensable à l’édifice constitutionnel qui est en débat.

Battus sur la question du veto et sur celle du bicaméralisme, les monarchiens démissionnent du Comité de Constitution en septembre 1789 mais la Constitution de 1791 porte leur marque. Son article 5 est consacré au texte du serment civique ainsi rédigé : “Je jure d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution du royaume, décrétée par l’Assemblée nationale constituante aux années 1789, 1790 et 1791”.

Lors de la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790, c’est autour du roi que se rassemble la nation et c’est devant la nation que le roi prête serment : « Moi, roi des Français, je jure d’employer le pouvoir qui m’est délégué par la loi constitutionnelle de l’État, à maintenir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par moi et à faire exécuter les lois ».

La Révolution est lancée et personne ne peut l’arrêter avant le Dix-Huit Brumaire. Mais les principes affirmés en 1789 et 1790 par les monarchiens vont permettre d’instituer après la chute du Premier Empire une monarchie parlementaire, sur le mode bicaméral comme le souhaitaient les disciples de Montesquieu. Il est permis de soutenir que l’inspiration de la Constitution de la Vème République est monarchienne dans la mesure où l’autorité du chef de l’Etat a été restaurée en 1958. Le général de Gaulle écrit d’ailleurs dans ses “Mémoires d’espoir” qu’en mai 1958 il avait voulu “doter l’Etat d’institutions qui lui rendent, sous une forme appropriée aux temps modernes, la stabilité et la continuité dont il est privé depuis cent soixante-neuf ans”. De fait, 1958 – 169 = 1789.

Il y a lieu de remarquer que la trilogie monarchienne relève d’une logique politique rigoureuse car elle établit pour la France moderne un système de médiations qui assure la continuité de l’action politique. Le schéma roi-peuple est remplacé par un système dans lequel chaque élément est indispensable aux deux autres. Il faut la Nation et il faut le Roi mais l’un et l’autre sont régis par la Loi pour éviter l’absolutisme mais aussi le chaos dans lequel serait plongé un peuple sans Loi. La Loi est l’œuvre de la représentation nationale mais l’impersonnalité de la Loi est compensée par la personne royale, elle-même soumise à la Loi et qui personnifie la nation historique. Le critère de la légitimité est dans la relation harmonieuse entre la personne royale, gardienne de la loi constitutionnelle, la nation souveraine et l’histoire qui donne sens à l’action politique.

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Références :

Robert Griffith, Le Centre perdu, Malouet et les monarchiens dans la Révolution française, PUG, 1988.

Bertrand Renouvin, Le Royalisme, histoire et actualité, Economica, 1997.

Article publié dans le numéro 1186 de « Royaliste » – Mars 2020