François Hollande n’assistera pas à la parade du 9 mai, sur la Place rouge. Il s’aligne sur les Etats-Unis, qui ont appelé au boycott de la célébration du soixante-dixième anniversaire de la Victoire en raison de la situation en Ukraine. Il s’aligne comme d’habitude, sans mesurer le sens et la portée de son geste. Il s’aligne, alors qu’il appelle par son prénom le président de la Fédération de Russie. Pauvre petit François, perdu dans le monde, qui imite les manières américaines et croit ainsi se bien conduire  - alors que le protocole, tel qu’il existait en France, permettait d’exprimer, avec toutes les nuances nécessaires, la qualité des relations entre les Etats sans empêcher, le cas échéant, la chaleur des relations personnelles. Mais maintenant, c’est le monde à l’envers : les embrassades et le copinage affiché coïncident avec le mépris des nations, des peuples et de l’histoire qui les a constitués.

Le mépris : c’est bien ce que porte l’absence de François Hollande à Moscou. Il croit donner une leçon de morale internationale au président élu de la Fédération de Russie – en oubliant qu’il pactise avec les despotes saoudiens et qataris – mais c’est la Russie qu’il insulte et tous les peuples de la Fédération. Ce n’est pas seulement les Russes qu’il insulte, mais les Kazakhs, les Kirghizes, les Tadjiks, les Ouzbeks, les Turkmènes qui ont participé ou dont les parents ont participé à la guerre contre l’Allemagne – et tous ceux qui, d’un bout à l’autre de l’ancienne Union soviétique, gardent avec fierté la mémoire de cette terrible épreuve.

Quand George Bush est venu sur les places du Débarquement, ce sont les Etats-Unis qui ont été salués et remerciés – non la politique catastrophique du président américain. De même, à Moscou, le 9 mai, il ne s’agissait pas de rendre hommage à Vladimir Poutine et d’approuver sa politique mais de commémorer la Seconde guerre mondiale, de célébrer les Alliés, de remercier la Russie et les anciennes Républiques pour leur contribution décisive à la victoire.

Si François Hollande lisait des livres, et si, de surcroit, il s’intéressait à l’histoire, je lui conseillerais « Grandeur et misère de l’Armée rouge » (1)  de Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri : il apprendrait que 25 à 30 millions de Soviétiques, militaires et civils, sont morts pendant la guerre. Ce sacrifice inouï méritait une journée à Moscou. Il y a cinq ans, Nicolas Sarkozy avait annulé son déplacement à cause des affaires de la zone euro : c’était l’excuse d’un voyou. Cette année, c’est simplement l’abstention d’un commis qui suit la consigne du maître.

Si François Hollande lisait des livres et si, de surcroit, il s’intéressait à la politique étrangère de la France, je lui conseillerais d’ouvrir les Mémoires de guerre du général de Gaulle (2) et de méditer les pages consacrées à la signature, le 10 décembre 1944, du traité d’alliance et d’assistance mutuelle entre la France et l’Union soviétique. Il verrait comment la France, quand elle est incarnée par un homme d’Etat, défend son rang sans rien céder et se fait respecter par Staline – Staline qui rendit hommage aux héros de Normandie-Niemen, seule unité de l’Ouest à combattre au sein de l’Armée rouge, dont François Hollande ne pourra pas évoquer la mémoire, le 9 mai à Moscou.

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(1)    Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, Grandeur et misère de l’Armée rouge, Nouvelle édition revue et augmentée, collection Tempus, 2014.

(2)    Charles de Gaulle – Mémoire de guerre, Le Salut. Voir aussi : Entretien avec Gaston Palewski sur les relations du général de Gaulle avec l’URSS in De Gaulle et la Russie, ouvrage publié sous la direction de Maurice Vaïsse, Biblis histoire, CNRS Editions, 2012. Pages 127 – 132.