Tous les candidats à l’élection présidentielle s’affirment démocrates. Et les directeurs de l’opinion publique ne le sont pas moins. Sans mettre une seconde en cause la sincérité des uns et des autres, nous devons poser une question inconvenante : pourquoi ces démocrates sincères s’expriment-ils comme des autocrates ?

Certes, chez le président des riches, l’autocratie n’est pas une dérive mais un état permanent et somme toute naturel. En 2007, il brandissait son volontarisme comme le moyen de la « rupture ». Celle-ci s’est traduite par un tourbillon d’initiatives brouillonnes qui ont été prises dans le parfait mépris de la séparation des pouvoirs et du rôle constitutionnel du président de la République. Le candidat sortant a joué tous les rôles sans exercer ses fonctions et sans même faire prévaloir sa volonté car on a vu François Fillon, Jean-François Copé et maints députés lui résister. Le volontarisme aboutit ainsi à l’abdication de la volonté devant de médiocres potentats et à l’alignement sur les thèmes islamophobes et xénophobes du Front national.

Hélas, Nicolas Sarkozy est l’arbre égocentrique qui cache la forêt ! Ouvrons le magazine Challenges du 8 mars qui met au banc d’essai le programme de François Hollande ainsi exprimé : « je mettrai en place trois taux d’imposition différents sur les sociétés » ; « je rétablirai l’équilibre budgétaire en fin de mandat » ; « je créerai en cinq ans 60 000 postes » dans l’enseignement… Cette manière de dire peut être tolérée – et encore – chez les candidats qui n’ont aucune chance d’entrer à l’Elysée. Mais François Hollande devrait se garder de parler comme le ministre de l’économie ou comme le ministre de l’Education nationale. S’il est élu président de la République, il assistera comme arbitre à la campagne pour les élections législatives et c’est devant l’Assemblée nationale que le gouvernement présentera son programme.

François Hollande pourra nous rétorquer que cela va sans dire. Nous n’acceptons pas cette fausse évidence. Notre cher Claude Nicolet disait que « la République est une pédagogie ». Celui qui pense pouvoir assumer la fonction politique suprême doit être exemplaire à tous égards ; tout au long de sa campagne, il doit maintenir les distinctions indispensables entre le Président, le Premier ministre, le Gouvernement, le Parlement. On ne peut pas faire comme si le Parti socialiste aura automatiquement la majorité absolue en juin prochain. C’est au peuple de décider. On ne peut pas faire comme si le chef du gouvernement était obligatoirement le chef de cabinet du président de la République. Nous sommes en régime parlementaire.

Les candidats à la présidence doivent être d’autant plus exemplaires que le discours autocratique est chaque jour repris par les médias – y compris les médias de gauche. Le 4 mars, le site Mediapart annonçait que « le candidat Hollande affine sa méthode de gouvernement ». Edwy Plenel manque singulièrement de vigilance : dans les républiques démocratiques – que ce soient ou non des monarchies royales – le chef de l’Etat ne gouverne pas. Ce n’est vraiment pas la peine de dénoncer à grands cris la « verticale du pouvoir » en Russie ! Nos lecteurs ne seront pas surpris de constater que des représentants de la gauche sont les premiers à se laisser prendre au piège du pouvoir pyramidal et aux formes modernes du culte de la personnalité. Mais d’autres, réputés libéraux, trouvent des avantages à l’autocratie dès lors qu’elle se limite au maintien de l’ordre et à la protection des groupes privilégiés.

Avant de s’interroger sur l’opportunité d’une 6ème République, il faudrait ouvrir un débat national sur les dérives effectives de la 5ème République depuis l’adoption du quinquennat et sur les moyens d’y remédier. François Hollande peut devenir un président-arbitre et laisser le gouvernement gouverner avec l’accord du Parlement. C’est ensuite qu’il sera possible d’envisager une réforme constitutionnelle ou de nouvelles institutions.

Nous serions fort intéressés si, dans la dernière phase de sa campagne, François Hollande nous entretenait de l’essentiel : la Constitution, la Défense nationale, la diplomatie française, les conditions de la paix civile et de la justice sociale.

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Editorial du numéro 1009 de « Royaliste » – 2012