Les rapprochements qui se font entre la pandémie et des catastrophes comme Tchernobyl ou Fukushima sont très illustratifs, car ils montrent que le vrai danger qui nous menaçait, ce n’était pas le nucléaire, qui en effet produit des catastrophes, mais limitées dans le temps et l’espace, et qui peuvent être circonscrites. C’est le système socio-économique qui a préparé en toute volonté explicite (j’allais dire à tort « en toute connaissance de cause », puisqu’il s’avère qu’il ne comprend rien) toutes les conditions pour qu’aucun « confinement », ou aucune atténuation des effets d’une catastrophe ne soit possible.

Et l’on se retrouve devant le problème global d’un monde qui a pris pour principe que l’écosystème était immuable, que tout ce dont nous profitons est « normal », qu’on peut détruire les « services écosystémiques » sans aucun souci puisqu’on ne sait même pas qu’ils existent ou qu’on les conçoit comme allant de soi et permanents quels que soient les dégâts que l’on y provoque. La méthode des « flux tendus » appliquée à toute la société est fondée sur cette vision que nous sommes dans un monde stable, voire stabilisé, qui ne peut en aucun cas varier. C’est une vision où le futur n’existe pas, où le présent est immuable, où seuls évoluent (positivement) la croissance et les cours de la Bourse. Une analogie : les animaux ont tous des « instruments » physiologiques pour leur permettre de supporter des moments de disette : en période d’abondance, les réserves adipeuses se constituent pour permettre de survivre en cas de famine. Nous avons oublié cette évidence, nous en payons le prix.

Il se trouve que nous vivons une pandémie, mais cela aurait pu (pourra) aussi bien être une autre catastrophe écologique. On voit bien aussi que la conséquence la plus grave, dans ce cas, ce n’est pas la mortalité massive de la population mondiale, qui finalement sera assez réduite : trois pour cent de morts chez les personnes infectées, cela veut dire que 97 % survivront, sans parler de ceux qui auront été contaminés et n’auront pas développé la maladie, et de ceux qui n’auront pas été contaminés. Je ne sais pas quelles sont ces proportions, mais faisons le calcul suivant : 1 % de la population (de 7 milliards d’humains) sera touchée (0,01), dont 10 % développeront la maladie (0,1), dont 3 % mourront (0,03). Cela donne (0,0003 x 7 milliards) = dans les 2 millions de morts à l’échelle de la planète (20 000 en France). Resteront 6,998 milliards de survivants. En même dans le pire des cas, 3 %  de morts laisseraient plus de six milliards et demi de survivants. L’espèce humaine n’est pas en danger. En revanche la société, n’ayons pas peur des mots : la civilisation, y survivra-t-elle ? Sans compter que si nous sommes attentifs à notre santé, nous nous contrefichons de celle de l’environnement, qui subit en silence les mêmes catastrophes.

François GERLOTTO

Directeur de recherches en écologie marine, François Gerlotto a récemment publié Cataclysme ou transition ? L’écologie au pied du mur, IFCCE – Collection Cité, 2019.