Bonne nouvelle pour l’écosystème que ce confinement généralisé des habitants des principaux pays pollueurs : dans nombre d’endroits l’environnement semble reprendre des couleurs. Les eaux de la lagune de Venise redeviennent claires, des dauphins sont rentrés dans le port de Cagliari en Sardaigne, un peu partout des oiseaux sont réapparus, les nuages de pollutions au-dessus de la Chine se sont réduits, etc. Qu’en conclure ?

1/ La vraie bonne nouvelle, c’est qu’il semble que l’écosystème n’ait pas encore atteint le point de non-retour où son pouvoir auto-réparateur aurait disparu. En très peu de temps, des améliorations se font sentir. Découvrir qu’il est encore possible qu’une évolution rapide à la baisse de la pression anthropique sur l’environnement, peut rapidement améliorer les choses, voilà une vraie bonne nouvelle. On pourrait imaginer de rendre obligatoire une période de « vacances internationales pour l’environnement », une espèce de carême où les hommes cesseraient pendant une semaine (on ne peut guère demander plus) de consommer à tout va et laisseraient le milieu « récupérer » un peu. Ce serait bien que l’ONU impose chaque année au monde entier une « semaine de l’environnement » où l’on s’interdirait de polluer en permanence, où les hommes laisseraient la place aux autres espèces, pour leur permettre de souffler. Enfin cette récupération montre que le GIEC a raison : en réduisant notre production de gaz à effet de serre (puisqu’il est encore temps), nous pouvons encore espérer améliorer – ou tout au moins fortement ralentir l’effondrement de – ces conditions environnementales.

2/ Bien entendu cela ne veut pas dire qu’il suffit de ne plus polluer pendant une semaine pour que tout soit réparé, et nous ne savons pas si le vrai pouvoir auto-épurateur de l’écosystème est encore intact. Nous avons tellement tiré sur la corde des « services écosystémiques » qu’il est probable que certains soient beaucoup plus durablement atteints. Ne pas considérer que l’allègement du symptôme soit signal de la guérison du milieu. Il existe un délai variable entre une pollution, comme entre une non-pollution, et leurs effets, que nous ne connaissons pas. Peu probable par exemple que cette période soit sensible sur l’augmentation des décharges de plastiques dans le Pacifique : il faut environ 2 à 300 ans pour que les eaux côtières méditerranéennes, qui s’enfoncent dans l’Atlantique, arrivent dans le Pacifique nord, ce qui signifie que la charge en particules plastiques de nos rejets européens dans les eaux profondes n’y arrivera que dans plusieurs siècles. Ce que nous voyons pour le moment est issu des pays riverains du Pacifique et des dérives en surface, beaucoup plus rapides. Or nous avons beaucoup de mal à imaginer que ce que nous faisons aujourd’hui sera sensible dans si longtemps. C’est un peu comme la « bombe à retardement » des déchets nucléaires, dont le danger sera à charge de nos arrière-petits-enfants. Ne pas baisser la garde ! Mais se réjouir de noter que tout n’est pas perdu. Par ailleurs, certaines observations du retour de la « vie sauvage » (mais il faudra reparler de ce concept) montrent qu’en réalité cette vie existait avant le confinement : il ne s’agit pas d’un retour, mais de l’apparition au premier plan de ce que nous ne voyions plus, puisque ce « premier plan », c’était nous et nous seuls.

3/ On peut aussi noter qu’une baisse drastique de consommation n’affecte pas vraiment la vie (je ne parle pas de l’économie, c’est une autre histoire). On a beaucoup parlé de la panique absurde de certains « con-sommateurs » qui se sont précipités pour faire des réserves ahurissantes de papier hygiénique. Parlons-en, même si ce n’est pas très glamour. La pénurie qui s’en est suivie a fait que nombre de personnes se sont vues obligées de réduire leur (arrière-) train de vie sur ce point. Et l’on découvre que l’on peut obtenir le même service avec deux fois moins de papier que ce que l’on s’était habitué à consommer. Exemple trivial, mais qui peut se généraliser à presque tout : nous consommons de plus en plus, sans compter, alors que l’épisode actuel permet de voir qu’une diminution par deux de cette consommation ne change pas grand-chose à notre vie courante.

J’imagine que dès que les choses reviendront à la normale, tout ceci sera immédiatement oublié. Mais au moins démonstration est-elle faite que l’on peut réduire de façon sensible notre pollution sans que cela ait un effet sensible sur notre mode de vie. Ya plus ka…

François GERLOTTO

Directeur de recherches en écologie marine, François Gerlotto a récemment publié Cataclysme ou transition ? L’écologie au pied du mur, IFCCE – Collection Cité, 2019.