Sur le site de Causeur, Xavier Théry rappelait récemment (1) que la France était la cinquième puissance mondiale… depuis 500 ans. Je laisse aux historiens le soin de vérifier ce point, mais il me paraît en effet indispensable de souligner, face au pessimisme ambiant, que la France occupe la cinquième place pour le PIB et les exportations, pour la productivité annuelle par travailleur – et le troisième pour la productivité horaire – , la quatrième place pour le rayonnement scientifique, la cinquième pour le rayonnement culturel. Notre domaine maritime est le deuxième du monde, juste après celui des Etats-Unis. Nous occupons la troisième place quant à la puissance nucléaire et le français est la sixième langue parlée dans le monde. J’ajoute, en écho à Emmanuel Todd (2) qu’il faut se réjouir de notre vitalité démographique, de la hausse du niveau éducatif, surtout chez les femmes, de notre capacité à intégrer les immigrés… et j’ai évoqué à maintes reprises notre dynamisme intellectuel.

Il est toujours possible de contester les modes de calculs et les méthodes de classement mais nos facteurs de puissance disqualifient les thématiques du déclin diffusées à profusion par les nationalistes xénophobes et les intellectuels ultralibéraux. La France, quoi qu’on en dise, s’est remise des désastres de 1815 et 1870, de la saignée de 1914-1918, de la bataille perdue de 1940 et de la trahison subséquente d’une partie de ses élites – intelligentsia nationaliste comprise…

Ce rapide passage en revue de nos forces ne saurait nous conduire à épouser la thèse de la « France invulnérable », tout aussi pernicieuse que celle du déclin comme le souligne très justement Jean-Luc Gréau (3). Ce n’est pas pour rien que la ligne Maginot est restée dans les mémoires et, aujourd’hui, un simple acte de foi dans le génie de la France et des Français relèverait de la stupidité du « laisser-faire » : la désindustrialisation, le chômage massif, l’angoisse collective et la montée des pulsions violentes montrent l’ampleur de la crise qui frappe la France et les nations voisines.

La difficulté ne réside pas dans l’énoncé des problèmes mais dans leur mise en ordre, selon une hiérarchie qui permet d’indiquer les solutions véritablement décisives. Sur le marché de la peur, dirigeants politiques et polémistes offrent la mondialisation, la dette publique, le complot sioniste, l’islam, le terrorisme, le retour des années trente, le grand remplacement, l’Europe de Bruxelles, Poutine, la destruction de la planète, la paresse des Français, le poids des fonctionnaires, le manque de réformes structurelles

Pour sortir de cette confusion nous ne sommes pas les seuls à affirmer que le problème majeur est d’ordre politique : constitués en oligarchie, les détenteurs du pouvoir ont perdu leur légitimité parce qu’ils renoncent aux actes de souveraineté. Il faut ici balayer les métaphores. La France n’est pas un pays occupé par une armée étrangère, nous ne sommes pas soumis à un gouvernement fantoche exécutant les ordres d’une puissance étrangère. La France dispose de tous les moyens nécessaires à l’affirmation de sa souveraineté mais la classe dirigeante, de droite et de gauche, se refuse à les utiliser sous prétexte de mondialisation, de construction européenne, de globalisation financière. C’est ce renoncement qui provoque la délégitimation de la classe politique : le propre de la puissance souveraine est de protéger la nation et nous ne sommes plus protégés face aux violences économiques et monétaires, face à un terrorisme que les Etats-Unis n’ont jamais su combattre.

Nous savons comment la France peut réaffirmer sa souveraineté : par la sortie de la zone euro, par le protectionnisme, par la sortie de l’Otan. Il est beaucoup plus difficile de retrouver un pouvoir politique légitime en raison des inconséquences des principales forces d’opposition à l’oligarchie : la gauche radicale offre la fiction d’une « sixième République » sans vouloir la souveraineté nationale ; les nationalistes se portent candidats au  rassemblement national par la division ethnique et religieuse. Nous continuerons à tenter de convaincre les uns et les autres de sortir de leurs impasses.

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(1)   http://www.causeur.fr/la-france-5eme-puissance-mondiale-depuis-500-ans-30655.html

(2)   Cf. Emmanuel Todd et Hervé Le Bras, Le mystère français, Seuil, 2013, et ma présentation du livre dans le numéro 1044 de « Royaliste ».

(3)   http://www.causeur.fr/zemmour-baverez-crise-30745.html

Editorial du numéro 1069 de « Royaliste – 2014