La réduction de la durée du mandat présidentiel détruirait tout notre acquis institutionnel.

Après Laurent Fabius, et tant d’autres, M. Giscard d’Estaing a récemment repris l’idée du quinquennat, annonçant même que la réforme aurait lieu dans l’année. Répétons, une fois encore, qu’il s’agit là d’une fausse bonne idée. Sans doute a-t-elle le mérite de la simplicité, et l’apparence de la logique : en théorie, il n’y aurait plus de problème de cohabitation puisque le Président serait élu en même temps que l’Assemblée. Mais la règle du quinquennat ruinerait des principes et des pratiques indispensables au bon fonctionnement de l’Etat.

– Elu pour sept ans, le Président a déjà le plus grand mal à se libérer de son ancien parti. Dans le cadre quinquennal, il ne serait définitivement plus que le chef d’un parti majoritaire, et se trouverait plus engagé que jamais dans la bataille partisane.

– Par conséquent, le chef de l’Etat ne serait plus l’arbitre que la Constitution définit, et que la société exige.

– Le quinquennat réduirait encore la continuité indispensable à la réalisation de tout projet politique. Le Président quinquennal serait un gestionnaire de l’immédiat, encore plus empêché que l’actuel d’entreprendre quelque action de grande envergure que ce soit.

– Sur le plan de l’efficacité politique, le quinquennat est une absurdité. Deux années d’apprentissage sont aujourd’hui nécessaires pour que le Président maîtrise pleinement ses fonctions. Sauf exception, les deux dernières années de son mandat sont dominées par les soucis de la réélection ou de la succession. Restent trois années, pendant lesquelles le Président peut agir avec une relative liberté d’esprit. Avec le quinquennat, nous n’aurions au sommet de l’Etat qu’un perpétuel candidat.

– Il reste à espérer que François Mitterrand ne reprendra pas l’idée relancée par V. Giscard d’Estaing.

Si par malheur il décidait un référendum sur cette question, nous voterions non.

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Article publié dans le numéro 463 de « Royaliste » – 21 janvier 1987