Après la Libération, Jean Genet fut adulé par toute une intelligentsia de gauche vaticinant à la suite de Sartre. Ce qui fascine dans l’affaire, c’est moins l’esthétique nazifiante du voyou-poète que la cécité volontaire de sa cour.

Il serait insensé de « condamner » Genet et Ivan Jablonka, son historien, s’en garde bien. A la fin de son ouvrage, il évoque la « beauté venimeuse » de son œuvre et conseille d’y revenir – malgré tout.

Nous n’avons pas à juger de la beauté, mais il importe d’examiner le venin. A l’époque de la guerre froide, Jean Genet fut porté au pinacle par les maîtres-penseurs de la gauche française : l’ancien taulard était regardé comme l’enfant maudit, le voyou sublime, le transgresseur suprême qui foulait aux pieds la morale bourgeoise, les valeurs juives et chrétiennes, la norme hétérosexuelle, l’Armée française…

Pourquoi pas, si ces poses provocatrices et ces imprécations font de la bonne littérature ? Cela ne gêne pas grand monde et ceux qui de tels écrits fâchent n’ont qu’à passer leur chemin.

Le cas de Jean Genet mérite toutefois l’attention des politiques car cet auteur a dépassé toutes les bornes. Le pupille de l’Assistance publique n’a pas seulement menti sur sa jeunesse : nombre de ses écrits expriment une esthétique nazifiante parfaitement abjecte et qui était encore plus insoutenable à l’époque où la France sortait à peine de l’Occupation. Car Jean Genet admirait Hitler, les SS, la Gestapo, les pilotes de Stukas, la Milice.

Esthétique nazifiante parce que Genet ne fut pas, à la différence de Brasillach, son frère en homosexualité, un hitlérien actif. Mais cette esthétique a sa logique, qui pouvait en conduire plus d’un à se joindre aux nazis. Pour le poète maudit, « les Allemands seuls, à l’époque d’Hitler, réussirent à être à la fois la Police et le Crime » Bien vu ! Il est vrai que les nazis sont allés jusqu’au bout de la subversion et que les camps d’extermination furent le lieu du crime absolu. Pour ceux qui prêchent la suppression de tous les tabous et qui célèbrent la beauté du Crime, Hitler est le maître parfait.

Jean Genet méritait la malédiction qu’il recherchait. Il fut au contraire glorifié par Jean-Paul Sartre, qui connaissait les écrits inqualifiables de « Saint Genet » mais les excusait pour des motifs qu’Ivan Jablonka expose de manière très remarquable et convaincante. Alors que la concurrence était forte dans le clan des Epurés pour paraître plus victime que les autres victimes, c’est Jean Genet qui gagna le pompon dans la « lutte pour le monopole de l’exclusion légitime » et devint la Victime par excellence…

Ce sont là de vieilles histoires, celle d’un gauche littéraire aux mains sales.

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(1) Ivan Jablonka, Les vérités inavouables de Jean Genet, Le Seuil, 2004. 23 €.

Article publié dans le numéro 864 de « Royaliste » – 2005