Chers amis européens,

La Nouvelle Action royaliste a décidé de rejeter le « traité constitutionnel » soumis à référendum.

Lors du débat qui a précédé notre choix, nos pensées se sont d’abord tournées vers vous, chers amis européens. Nos raisons vous concernent. Vous pouvez, si vous le souhaitez, les discuter, les reprendre, les développer – en somme participer avec nous au débat démocratique, que nous souhaitons le plus large possible sur notre continent.

Notre continent ? Fidèles au projet du général de Gaulle, nous rêvions à cette « Europe de l’Atlantique à l’Oural » bien avant la fin de la guerre froide. La disparition de l’Union soviétique nous a permis d’envisager concrètement l’idée de Confédération européenne lancée par François Mitterrand et trop vite abandonnée par les milieux officiels. Mais c’est dans cette perspective continentale que nous avons continué à travailler, tout en multipliant nos voyages en Europe, bien au-delà de l’Oural et par-delà le Bosphore. Pour nous, l’Europe est « sans rivages », selon la belle expression de François Perroux, ce qui signifie que l’Union européenne a vocation à l’élargissement, selon le mouvement de l’esprit européen qui ne s’est jamais assigné de frontières.

Sous différentes modalités, l’Europe ne se conçoit pas sans la participation active à différents cercles d’amitiés et de coopération qui permettent aux Européens de préserver en eux la pensée et le souci de l’universel. Cela paraît abstrait. Rien de plus familier, pourtant, que les relations tissées dans le monde grâce à la polyphonie européenne – en anglais, en russe, en espagnol, en portugais, en français…

C’est vous dire que nous sommes étrangers au nationalisme. Nous ne refusons pas l’Union européenne, nous voulons l’élargir sous la forme juridique d’une confédération d’Etats. Nous ne souhaitons pas enfermer la France dans un système d’économie autarcique ; nous voulons au contraire que l’Europe de l’Ouest rassemble ses richesses pour lancer un plan de développement européen en coopération avec toutes les nations, petites et grandes, monarchiques ou non, et de toutes traditions spirituelles.

Serait-ce une utopie ? Au contraire. Nous voulons donner une traduction politique et juridique au mouvement historique de l’Union européenne : sous un verbiage « supranational », sous des intentions « fédéralistes » c’est une organisation confédérale qui s’est effectivement construite sans que les auteurs des traités successifs aient le courage politique de tirer les conclusions juridiques de ce choix implicite. Nous voulons un nouveau traité européen, qui permette de clarifier ce point.

S’agirait-il d’une nouvelle superstructure juridique, sans effets sur le jeu violent des forces économiques et des puissances financières ? Au contraire ! Nous voulons partir de ce qui se fait sur le continent européen et l’ordonner dans l’intérêt commun, reprendre les dispositions utiles que les ultralibéraux ont abandonnées, mettre en œuvre une nouvelle politique de développement. La politique de coopération franco-russe dans le domaine spatial est à divers titre exemplaire. La reprise dans un nouveau traité des principes de préférence communautaire et de tarif extérieur commun nous permettraient de reconstruire l’Europe sans rompre avec nos partenaires africains, latino-américains, asiatiques. Le financement public de programmes européens de recherche publique, de services publics et la définition d’une politique de l’écologie (pour habiter le monde sans le saccager) nous permettraient de rompre avec la logique ultralibérale que est en train de détruire nos sociétés.

Chers amis, vous comprenez que notre Non est celui d’européens impatients. Comme les gaullistes, les socialistes patriotes, les communistes et beaucoup d’électeurs de droite, nous pensons que l’adoption de ce traité faussement constitutionnel nous ferait encore perdre du temps ; nous voulons rompre avec le mode de « gouvernance » oligarchique qui impose peu à peu en Europe un système de contraintes fondé sur l’exclusion et l’appauvrissement d’innombrables citoyens.

Le 29 mai, notre Non déposé dans l’urne sera un acte libérateur. Un acte qui nous rendre libres d’envisager notre avenir commun.

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Editorial du numéro 857 de « Royaliste » – 2005