Le matin du 30 juin 1940, trois bombardiers légers Glenn-Martin décollent du terrain de Ber-Rechid, près de Casablanca. Les équipages sont composés d’officiers et de sous-officiers français qui, refusant l’armistice, sont décidés à poursuivre la guerre avec le général de Gaulle aux côtés des Britanniques. Le plus simple pour eux est de rallier Gibraltar où ils arrivent dans l’après-midi.

Le premier appareil se pose sur la piste aménagée au pied du Rocher après avoir essuyé les tirs de la DCA espagnole alors qu’il survolait la zone neutre entre l’Espagne et le territoire britannique. Le deuxième Glenn-Martin est piloté par le capitaine Philippe de Vendeuvre, accompagné par les lieutenants Jean-Pierre Berger et Bertrand du Plessis, et par le sous-lieutenant Robert Weill. Le bombardier survole la zone neutre en vue de l’atterrissage lorsque la DCA espagnole servie par des Allemands ouvre à nouveau le feu et touche l’appareil qui s’enflamme avant de tomber dans la mer (*).

Rapidement repêchés, les corps des aviateurs sont transportés à Gibraltar et enterrés le lendemain. A la cathédrale, une messe est célébrée pour les trois officiers catholiques par l’évêque de Gibraltar puis les quatre cercueils sont accompagnés par des milliers de personnes vers le cimetière North Front où ils sont inhumés. Philippe de Vendeuvre, Jean-Pierre Berger, Bertrand du Plessis et Robert Weill sont les premiers morts des Forces Aériennes Françaises Libres, faits Compagnons de la Libération par le général de Gaulle.Gibraltar - Cimetière 1

Accompagné de Christophe Barret, chargé comme moi de représenter la France libre, j’ai atterri le 10 novembre sur la piste de l’aéroport qui a remplacé le terrain militaire. Le lendemain nous avons participé à la cérémonie du 11 Novembre au Parlement de Gibraltar, où j’ai eu l’honneur de déposer une couronne de coquelicots après les autorités du territoire.

L’après-midi, nous sommes allés nous recueillir sur les tombes du sous-lieutenant Robert Weill, du lieutenant Jean-Pierre Berger et du capitaine Jacques de Vendeuvre en compagnie de Pierre Fayaud, consul honoraire de France et d’Ernest Wiley, ancien chef du bureau consulaire et chaleureuse « mémoire » du Rocher.

Nous n’oublions pas.

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(*) Les archives et les récits ne mentionnent pas le troisième Glenn-Martin, qui s’est apparemment posé sans difficultés.

Cf. Philippe Bauduin : Jacques de Vendeuvre FAFL. Apieton éditions, 2, rue Lechartier, Caen.

Cf. l’article de Christophe Barret, « Gibraltar : un roc pour les Français libres », in Revue de la Fondation de la France libre, numéro 47, mars 2013.