Le débat entre Jacques Sapir et Jean-Luc Mélenchon du 4 juillet sur le site « Arrêt sur images » doit être regardé tout entier tant il est riche de controverses instructives et d’analyses d’une technicité certaine mais que l’on peut reprendre tout à loisir sur le site de Jacques Sapir (voir ci-contre). Sans prétendre résumer le débat, je voudrais relever quelques points significatifs :

Les bienfaits évidents d’une sortie de l’euro. Jacques Sapir prouve que tous les pays de l’Europe du sud seront gagnants après dévaluation de leur nouvelle monnaie nationale, du point de vue de la compétitivité et de la croissance. Dans le scénario médian, la France atteint  5% de croissance dans la première année et 5,8% la deuxième année. Deux millions de chômeurs retrouvent rapidement un emploi et les comptes sociaux se remettent automatiquement à l’équilibre – ce qui permet d’éviter toute nouvelle « réforme des retraites ». La dette publique n’est pas un problème : elle sera en grande partie remboursée aux prêteurs étrangers dans une monnaie dévaluée alors que les créanciers français ne subiront aucune perte puisque les remboursements se feront en francs.

L’illusion d’une bonne négociation avec l’Allemagne qui permettrait de sortir de la crise de l’euro « par le haut » selon le plan présenté par Jean-Luc Mélenchon : « je veux l’Europe à la française » qui met en place des critères de convergence sociale à réaliser dans les dix ans, qui institue un contrôle européen des capitaux, impose à la BCE de prêter aux Etats et installe un « protectionnisme solidaire ». Pour réaliser cette politique, Jean-Luc Mélenchon veut créer un rapport de force entre la France et l’Allemagne. Il reconnaît que l’euro actuel est « condamné » mais affirme que les Allemands craindront les dévaluations des pays du Sud. Ils accepteront donc que la BCE finance les investissements et que l’euro soit dévalué.

Au fil de la discussion, on constate que le chercheur est beaucoup plus concret que l’homme politique et beaucoup plus soucieux des conditions effectives de la solidarité internationale. Alors que Jean-Luc Mélenchon suppose la bonne volonté européenne des Allemands et affirme que la BCE – pourtant indépendante – prêtera massivement sur injonction et fera baisser la monnaie, Jacques Sapir conteste cette stratégie sur trois points :

1/ L’Allemagne ne cédera pas à la pression de la France et à la menace de dévaluations : pour faire fonctionner la zone euro, il faut réaliser une union de transferts : elle implique que l’Allemagne consacre 10% de son PIB pendant dix ans au rétablissement de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal. Elle préférera voir exploser la zone euro, ce qui lui coûtera dans les premières années 3% de son PIB – à moins qu’elle ne décide de changer de politique.

2/ Le financement massif du développement ne permet pas d’effacer rapidement les écarts de compétitivité : il faudrait dix ans, sans certitude de réussite. « Dix ans, c’est rien du tout ! » s’exclame Jean-Luc Mélenchon qui semble oublier que les peuples concernés n’attendront pas dix ans, ni même cinq, une amélioration de la situation économique et sociale. Le carcan monétaire doit sauter le plus vite possible.

3/ La dévaluation de l’euro est une fausse bonne idée. Certes, la France serait avantagée puisqu’elle  exporte à 50% hors zone euro. Mais pour les pays du Sud qui font 60% ou plus de leur commerce international dans la zone euro (c’est le cas du Portugal, de l’Italie, de l’Espagne) la dévaluation sera décevante. « Je ne suis pas en état de répondre à cet instant », reconnaît Mélenchon. Comme un élève en difficulté à l’oral, il se réfugie dans de grandes déclarations sur les sujets qu’il connaît, par exemple la « planification écologique », assorties d’une profession de foi marxiste qui n’éclaire pas les questions débattues.

Rien ne saurait cependant marquer une vérité simple, énoncée par Jacques Sapir : « Il n’y a pas de solution où la France se sauverait seule ». Pour ne pas tomber du côté de la France seule, Jean-Luc Mélenchon doit encore approfondir sa réflexion.

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