L’enquête du Cevipof et d’OpinionWay publiée dans « Le Figaro » du 10 janvier vient souligner un constat devenu banal : le rejet massif du « président de la République actuel », du « Premier ministre actuel », des élus nationaux, des syndicats et surtout des partis politiques. « Un tsunami de défiance contre les élites et les institutions politiques » titre abusivement « Le Figaro » : toutes les élites ne sont pas récusées puisqu’un large crédit est accordé aux maires et nous ne savons pas ce que les Français pensent des institutions puisque la question ne leur a pas été posée. Même si une autre enquête pointait un rejet des institutions de la Vème République, nous aurions à développer inlassablement l’analyse que je vais résumer ici de manière schématique.

L’exigence démocratique qui s’exprime violemment dans notre pays ne peut être satisfaite par la seule procédure du référendum d’initiative citoyenne, d’autant plus plébiscitée qu’elle n’est en rien précisée. La démocratie doit s’instituer, faute de pouvoir être « directe » dans la fusion des représentants et des représentés. Pour être légitimes, les institutions doivent reposer sur un socle de principes. Le premier est celui de la République qui impose de gouverner selon l’intérêt général dans le respect de la justice et de la liberté.

Le principe républicain ne dit rien sur la forme des institutions qui sont conçues et mises en œuvre comme un système de médiations – de relations entre le peuple et le pouvoir, entre les pouvoirs publics et la nation, entre les collectivités locales et la collectivité nationale, entre notre collectivité nationale et les autres nations et plus généralement encore entre la nation et l’universel. Ce système de médiations fonctionne correctement quand la violence, qui ne cesse de circuler dans les sociétés, se dissout dans la recherche dialoguée du bien commun et du bien vivre pour chacun.

Depuis la Révolution française, ce système de médiations s’est relié, de manière progressive et toujours difficilement, aux principes de souveraineté populaire, de souveraineté nationale et de souveraineté de la nation. Après les nombreux échecs dont notre histoire constitutionnelle est jalonnée, la Vème République gaullienne a réussi à rétablir l’autorité de l’Etat dans le cadre d’un régime parlementaire démocratisé par le recours fréquent au référendum. Le système des partis politiques, transformé au fil des évolutions de la société française, et les confédérations syndicales, non moins évolutives, participaient au système général des médiations en y apportant la conflictualité nécessaire.

La Nouvelle Action royaliste a publié sa propre critique des institutions gaulliennes dans un esprit constructif puis elle a résolument dénoncé toutes les décisions qui ont conduit à l’installation d’une gouvernance oligarchique : le quinquennat, le passage à l’euro qui est une technique de gestion autoritaire et le déni de démocratie après le référendum de 2005.

Comme l’explique Jérôme Sainte-Marie (1) le « bloc élitaire » a parachevé son unité avec le candidat Macron qui, une fois élu, a déployé la panoplie des « réformes » ultralibérales qui ont déclenché la révolte des Gilets jaunes. Face à l’oligarchie, un bloc populaire est en train de se constituer. Dans la lutte des classes qui va s’intensifier et selon l’exigence démocratique qui s’affirme, il importe de ne pas confondre la captation du pouvoir par une caste au service d’intérêts privés et les institutions de la Vème République qui sont à rétablir.

Dans son texte, sans cesse violé, notre Constitution affirme le principe de l’arbitrage et l’impératif de l’indépendance nationale ; elle organise le fonctionnement d’un régime parlementaire que l’on peut utilement réformer – par exemple en faisant élire les sénateurs à la proportionnelle intégrale – et par le recours régulier au référendum. Une nouvelle majorité parlementaire pourrait voter toutes les mesures nécessaires à la participation des citoyens aux orientations économiques et à la conduite des entreprises. La participation à la vie politique ne pouvant exister sans partis, les formations décomposées ou en voie de décomposition vont faire place à de nouvelles organisations qui auront à proposer de nouveaux choix aux Français – comme le firent la SFIO en 1905, l’UNR en 1958, le Parti socialiste en 1973… La Nouvelle Action royaliste participera à cette reconstruction.

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(1)    Voir sur You tube sa conférence aux Mercredis de la NAR.