Podemos CouvertureLes militants du cercle parisien de Podemos ont rencontré Frédéric Lordon au Théâtre de Verre le 3 juin 2016. Les premiers disposent d’un parti, et le second d’un solide programme économique… Auteur d’un ouvrage sur Podemos (éditions du Cerf), Christophe Barret relate cette rencontre.

 

Aux premières heures de Nuit Debout, Frédéric Lordon n’avait pas mâché ses mots au sujet de Podemos. À la presse espagnole, il avait même déclaré que le parti de Pablo Iglesias est un bon exemple de « ce qu’il ne faut pas faire ». Il y a quelques jours, la salle du Théâtre de Verre de Paris était donc pleine pour écouter le débat organisé par le cercle parisien de Podemos entre leur ami Joan Garcés, ancien conseiller du président Allende, et l’économiste atterré. À aucun moment, cependant, la rencontre n’a pris l’allure d’un règlement de compte.

Lordon- Podemos 3 juin 2016

S’interrogeant sur les « formes d’institutionnalisation des luttes », l’orateur vedette de la place de la République n’a pas caché son scepticisme face au parti de Pablo Iglesias. Podemos, «  trop pressé de refaire les mots, a évacué la substance des mots. » Pour Frédéric Lordon, si le nouveau venu de la politique espagnole a bien fait de prendre acte de la démonétisation de la phraséologie traditionnelle de la gauche radicale, dont témoignent chez nous les contre-performances du NPA, il ne faut pas renoncer à une lutte tous azimuts contre la mainmise du capital. Les rapports de domination au travail pourraient, par exemple, prioritairement être dénoncés. De même, Frédéric Lordon critique-t-il cette priorité donnée à la conquête du système représentatif par Podemos. Selon lui, il conviendrait plutôt de dénoncer « la capture de la souveraineté par le parlementarisme. » Mais le débat se perd, quand l’économiste déclare rechercher encore sur « la parole portée par Nuit Debout ». De fait, il laisse pantois une bonne partie de la salle…

L’économiste fait son plus brillant plaidoyer quand il s’en tient, bien sûr, à son domaine. La monnaie unique, sur notre continent, est bien « l’instrument d’une double domination, régionale et de classe. » Et de rappeler que le président du Conseil italien Mario Monti avait un jour déclaré qu’il fallait « germaniser » la politique économique de son pays et que les Allemands, par culture, n’envisageront pas que la BCE puisse répondre à des injonctions politiques. Qu’on y croie, et ce serait « deux nouvelles décennies de perdues. » Le retour aux monnaies nationales est bel bien un préalable indispensable à la mise en place de toute nouvelle politique de redistribution.

Joan Garcés, qui eut à souffrir des conséquences les plus tragiques des confrontations géopolitiques, a alors cru bon de devoir rappeler l’importance du choix des alliances politiques tant à l’intérieur de chaque pays qu’à l’échelle du continent européen, avant de se lancer dans toute action. On n’était plus très loin de la conception gaullienne de la politique.

 

Christophe BARRET

Directeur politique adjoint de « Royaliste »