La quinzaine que nous venons de vivre aura été hautement écologique et très instructive. Résumons-là. 1er mars : initiative de Mlle Greta Thunberg, jeune suédoise de 16 ans qui a réussi, nul ne sait trop avec quels appuis, à lancer un appel au monde pour lutter contre le réchauffement climatique. 5 mars : la France est sommée par la Commission européenne de céder au domaine  privé l’exploitation de ses centrales hydroélectriques dans les plus brefs délais. 14 mars : la Fondation Nicolas Hulot et plusieurs ONG déposent un recours en justice contre l’Etat pour non-respect de ses engagements climatiques. 15 mars : suivant les consignes de  Greta Thunberg, les lycéens se sont mis en « grève » un peu partout en Europe. 16 mars : manifestation écologique nommée « Marche du siècle » par les médias, qui a mis dans la rue plusieurs centaines de milliers de manifestants dans notre pays. Ce qui nous a permis d’admirer le cynisme du gouvernement qui a fait participer des ministres aux manifestations écologiques pendant que « en-même-temps » leurs collègues de LRM votaient pour la poursuite jusqu’en 2025 des épandages de pesticides reconnus dangereux. 12 mars- avril : cerise sur le gâteau, nous allons devoir supporter dans les semaines qui viennent une marée noire provoquée par le naufrage d’un cargo italien au large de La Rochelle.

Ouf ! Soufflons un peu et mettons de l’ordre dans tout cela. Quelles analyses peut-on en tirer ?

Tout d’abord, que l’urgence écologique est bien là. Il n’est plus de jour où nous n’apprenons l’existence d’une nouvelle catastrophe écologique ou d’une anomalie climatique. Ce monde bouleversé que prévoyaient les scientifiques il y a quarante ans, nous y sommes entrés, et nous n’en sortirons plus.

Ensuite que les manifestations, les soutiens, les analyses, les cris d’angoisse, les révoltes, la volonté d’agir, tout cela ne pèse RIEN face aux affaires. Pire même, cela sert à détourner l’attention : quand M. Macron, « champion de la planète » s’écrie la main sur le cœur devant la jeune Suédoise « Je peux le faire [sauver la planète ?], mais aidez-moi ! », alors que « en-même-temps » il fait voter des lois destructrices pour l’écosystème et s’apprête à brader les aéroports et les barrages (deux infrastructures écologiquement très sensibles), que peut-on conclure d’autre ?

Le cynisme de cette classe dirigeante, on connaissait, tout comme son inculture politique, historique, scientifique, son incompréhension crasse du fonctionnement du monde, et ses instruments habituels de gouvernement :  promesses tous azimuts, mensonges, brouillage des discours, confusion dans les objectifs, choix assumé de favoriser l’argent au détriment de toute autre chose, accusation de fascisme devant toute critique, etc. Pourtant nous n’avions pas tout vu, et voici une nouveauté : l’instrumentalisation de la jeunesse, manipulée pour « verdir » des activités noires. La conclusion de tout ceci, c’est que rien de bon ne peut venir de ce gouvernement, avec qui le dialogue est impossible.

Il y a pourtant des points positifs dans cette série événements. D’abord l’urgence écologique est désormais reconnue (sauf par les dirigeants). L’unanimité s’est faite sur la nécessité d’agir, les climato-sceptiques ont disparu, ainsi que leur opposition qui réduisait à néant toute initiative. Par ailleurs, cette prise de conscience est accompagnée d’un vrai désir militant, et la volonté d’engagement de la jeunesse contre le réchauffement climatique est sincère.

Mais elle doit savoir que rien ne peut se faire sans changement politique profond. Pourquoi ? Parce que l’expérience de ces vingt dernières années a montré qu’aucune politique écologique n’est possible dans un système dérégulé, alors qu’il va falloir « opérer à chaud ». Or la priorité écologique implique une planification incitative forte et l’utilisation de tous les moyens de l’Etat pour orienter l’activité des entreprises de façon conforme aux impératifs écologiques. Il devient urgent  de revenir en France à la planification indicative, de nationaliser le crédit et les secteurs-clé de l’économie, d’affirmer la souveraineté monétaire, technologique et commerciale de la nation. La restauration du Politique est la condition impérative pour mettre en œuvre la transition écologique.

François GERLOTTO

Editorial du numéro 1164 de « Royaliste » – 2019