L’alarmante progression de la pauvreté en France, révélée par le dernier rapport annuel du Secours catholique-Caritas(1), n’a d’égal que le peu d’intérêt manifesté par nos dirigeants politiques à son égard. Quand ce n’est pas du mépris. Certains d’entre eux poussent, en effet, le ridicule jusqu’à présenter les pauvres comme seuls coupables de leur situation. Ce faisant, ils s’exonèrent de leurs responsabilités et refusent de mettre en cause les politiques d’austérité prônées par les instances internationales et mises en œuvre depuis une trentaine d’années par les différents gouvernements français, l’accaparement par quelques-uns de la richesse nationale, la désindustrialisation, le désengagement de l’Etat dans les services publics (hôpital, école, sécurité…), la constante baisse des dotation des collectivités locales, la mise en coupe réglée de notre système de protection sociale…

Sans entrer dans les détails, on apprend à la lecture de ce rapport que le nombre de pauvres(2) a augmenté de 2,7 % l’année dernière, que cette progression est constante, que le public concerné est de plus en plus féminin et diplômé, composé pour plus d’un tiers d’étrangers, que 70 % sont au chômage et donc que 30 % ont un emploi qui ne leur permet pas de subvenir à leurs besoins essentiels, que 60 % des personnes éligibles au RSA activité n’en bénéficient pas, et que 13,5 % vivent en milieu rural.

On serait en droit d’attendre de la part des candidats à l’élection présidentielle qu’ils inscrivent ce combat sur le long terme et proposent d’engager une véritable politique économique et industrielle, seule à même d’endiguer le phénomène. On doit se contenter jusqu’à présent de déduire de leur programme que la mise en œuvre des réformes qu’ils préconisent suffira, alors qu’il s’agit uniquement d’amplifier les politiques de traitement social qui échouent depuis les années 1980. De son côté, le gouvernement se contente, dans le projet de loi de finance 2017 actuellement en cours de discussion au Parlement, de simplifier les minima sociaux, mesure nécessaire mais qui se révélera insuffisante, tant qu’on ne s’attaquera pas aux causes profondes de la pauvreté. Pendant que l’on se focalise sur ces demi-mesures, on écarte des débats essentiels, davantage porteurs d’un projet de société, comme l’allocation universelle, le revenu contributif, le revenu décent ou la limitation des écarts de revenus(3).

Mais ce qu’on retiendra surtout de ce rapport, c’est que les personnes qui poussent la porte du Secours catholique-Caritas ont d’abord besoin d’écoute, de conseil et d’accueil(4). Leur geste manifeste leur désir d’exister aux yeux de quelqu’un, d’être reconnu par la société, non pour ce qu’ils n’ont pas, mais pour ce qu’ils sont : des hommes et des femmes dignes de respect et d’attention. Comme le montre le dernier numéro de la revue Projet(5), ce sentiment d’abandon et d’injustice les poussent – eux, mais aussi les bénévoles des associations d’aide dépités par la démission des politiques de droite et de gauche – vers le discours et le vote du Front national. D’autant plus que cette paupérisation s’accompagne d’un creusement des inégalités. Une étude d’Oxfam confirmait en effet en début d’année que les 10 % des Français les plus riches détiennent à eux seuls 48 % du patrimoine et 1 % des plus fortunés, 17 % de la richesse nationale. La lutte contre l’exclusion doit donc devenir une priorité de la campagne électorale qui s’annonce, sous peine de voir advenir, en France, le chaos politique.

Nicolas PALUMBO, président du Comité directeur de la Nouvelle Action royaliste

(1) Etat de la pauvreté en France 2016, établi sur la base des quelque 185 000 fiches statistiques rédigées à partir des personnes accueillies en 2015 dans les délégations du Secours catholique-Caritas (téléchargeable sur le site du Secours catholique).

(2) Ménages ayant un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté, soit 60 % du revenu médian équivalent aujourd’hui en France à 1 008 euros environ pour une personne seule, 2 100 pour un couple avec un enfant. Le niveau de vie médian des personnes accueillies par le Secours catholique s’élève quant à lui à 530 euros.

(3) Pour mieux enterrer l’allocation universelle, le gouvernement vient de saisir le Conseil économique, social et environnemental. Le revenu contributif, développé par le philosophe Bernard Stiegler et son équipe d’Ars Industrialis, consisterait à appliquer à l’ensemble des citoyens le régime des intermittents du spectacle. Le revenu décent se fonde sur les budgets de référence établis par l’Observatoire national de la Pauvreté et de l’Exclusion sociale. Enfin, l’étude la mieux documentée sur la diminution des écarts de revenu est celle de Gaël Giraud et de Cécile Renouard, le Facteur 12. Autant de sujets sur lesquels nous devrons revenir.

(4) 57 % ont besoin d’écoute, de conseil et d’accueil, 55 % d’une aide alimentaire et 18 % d’une aide pour leur loyer ou leur facture d’énergie.

(5) Projet n° 354 (octobre 2016) : Extrême droite : écouter, comprendre, agir.