Il y a eu la conférence de presse d’Emmanuel Macron. Nous avons entendu dire que rien ne serait plus comme avant et qu’on allait voir ce qu’on allait voir. On a vu, et ce fut long. Puis on a commenté, interminablement, sur les plateaux de télévision, sans dissiper le brouillard des annonces.

On sait ce qu’on ne fera pas : pas de RIC, pas de reconnaissance du vote blanc, pas de rétablissement de l’impôt sur la fortune. Tout en évoquant les « justes revendications » des Gilets jaunes, on s’assoit dessus. Emmanuel Macron estime qu’il en fait bien assez en concédant l’arrêt des fermetures d’écoles et d’hôpitaux et en renonçant à supprimer 120 000 postes dans la fonction publique.

Mais on ne sait pas comment on fera ce qui a été annoncé en matière de fiscalité, de retraites, d’institutions. Le gouvernement travaille, nous dit-on. Cela signifie qu’il faut attendre l’exposé des aménagements fiscaux et autres dispositifs qui permettront, dans les mois qui viennent, de replacer « l’humain au centre » selon l’époustouflante formule macronienne qui combine le cynisme et la niaiserie. Cet humanisme à deux sous se réduira sans nul doute à des aménagements de détail : Emmanuel Macron a bien précisé que « les transformations en cours ne doivent pas être arrêtées » et que « les fondamentaux des deux premières années doivent être préservés ». Telle est donc la conclusion du Grand débat : on va faire comme avant !

Comme avant, on passera des heures dans les couloirs surchargés des urgences, où travaille un personnel épuisé.

Comme avant, des hommes, des femmes et des enfants dormiront dans les rues et certains y mourront.

Comme avant, des autoentrepreneurs ramasseront des trottinettes électriques pour les recharger,  avec un gain moyen de deux euros de l’heure.

Comme avant, on évoquera, lors du prochain Salon ou d’une manifestation que la FNSEA consentira à organiser, le suicide des agriculteurs. Un suicide tous les deux jours…mais, bien évidemment, la libre concurrence n’y est pour rien.

Comme avant, on fera semblant de ne pas voir le trafic de stupéfiants, qui représente trois milliards par an dans notre PIB, occupe 20 000 grossistes et, selon une étude récente, 250 000 personnes dans notre pays.

Comme avant, on fermera les yeux sur le financement des réseaux islamistes par l’Arabie saoudite et le Qatar parce qu’il y a là-bas des clients qu’on ne veut pas mécontenter.

Comme avant, on déplorera les fermetures d’entreprises et on se félicitera quand un groupe étranger daignera racheter une affaire et sauver des emplois. Merci, British Steel, de bien vouloir reprendre Ascoval… mais jusqu’à quand ?

Comme avant, Amazon traitera ses employés comme des robots et les rejettera comme des déchets.

Comme avant, on jouera avec les catégories A, B, C, D, E des demandeurs d’emplois pour nous démontrer que ça va mieux ou que ça pourrait aller mieux.

Comme avant, la « gouvernance » regardera monter ou baisser les taux d’intérêts, le taux de change de l’euro, les cours du pétrole en célébrant la mondialisation et « l’euro-qui-nous-protège ».

Comme avant, on glorifiera le « couple franco-allemand » qui a la particularité de n’avoir jamais existé et on fera semblant de ne pas voir que nos-amis-allemands sont avant tout préoccupés d’eux-mêmes.

Comme avant, on regardera avec les yeux bienveillants de M. Raffarin la Chine étendre ses réseaux, placer ses pions, acheter et corrompre. Laissez-faire ! Laissez-passer !

Comme avant, on subira les vagues de chaleur en regardant à la télévision des scènes de désastre climatique que commenteront des ministres qui font semblant de se mobiliser.

Comme avant, c’est promis, la « gouvernance » fera la pédagogie des réformes. D’ailleurs, le super-Premier ministre l’a encore demandé début mai au Premier ministre qui va envoyer ses ministres faire ce travail d’explication… qu’Emmanuel Macron avait fait pendant les trois mois du Grand débat.

Comme avant, nous vérifions ce fait cent fois établi : personne en haut lieu ne comprend que la plupart des Français ont compris que les anciennes « réformes » comme celles qui sont annoncées dans la fonction publique, dans l’enseignement et pour les retraités ne font qu’ajouter de nouvelles fractures à une société poly-fracturée.

Puisque c’est comme avant, puisqu’on a parlé pour que rien ne soit changé, la révolte reste à l’ordre du jour. Plus que jamais.

***

Editorial du numéro 1167 de « Royaliste » – mai 2019