Emmanuel Macron ne cesse de prendre la pose, au propre comme au figuré. Il se flatte de paraître et croit éblouir le monde sans mesurer ce que ses propos et ses gestes peuvent avoir d’obscène. Il est, au sens premier du mot, le personnage funeste, qui tient des propos de mauvais augure, en même temps que l’homme d’une indécence extrême. Le voyage présidentiel aux Etats-Unis, fin avril, et l’entretien accordé à « La Nouvelle Revue française », début mai, confortent cette impression qui ne relève pas de la polémique.

A Washington, le spectacle donné par Emmanuel Macron et Donald Trump a dépassé toutes les simagrées de baisers et de tapes dans le dos auxquelles les chefs d’Etat se croient obligés de consentir depuis quelques décennies. Sans doute veulent-ils séduire et abuser les opinions publiques… Comme si nous pouvions être dupes ! En politique étrangère, on n’a pas d’amis mais seulement des alliés et les alliances sont conclues au vu des rapports de force, en composant des intérêts nationaux. Par fonction, un chef d’Etat défend les intérêts de la nation qu’il représente, selon la ligne qui a été fixée par le gouvernement.

Ces principes ont été oubliés depuis vingt ans par les dirigeants français (1). Ils sacrifient volontiers notre pays sur les autels de la morale internationale, de « l’Occident », de « l’Europe » et des « droits de l’homme » – non sans conclure des pactes infâmes, par exemple avec les Saoudiens, seul Etat islamique réellement institué. Le mélange classique et détonnant de l’angélisme et du cynisme affairiste a partout produit des effets désastreux. Nous ne savons toujours pas pourquoi nous sommes devenus les supplétifs des Etats-Unis en Irak et en Syrie ni quel est le jeu de la France dans cette partie du monde. Mais nous voyons qu’Emmanuel Macron s’est aligné sur Donald Trump en se déclarant favorable à un nouvel accord nucléaire avec l’Iran. Et nous avons constaté que notre sémillant président, encensé par les médias français comme brillant détenteur du « leadership européen », a été immédiatement désavoué par Federica Mogherini, haute (et léthargique) représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Mais qu’importe, puisque « avec Trump, nous contribuerons à la création d’un ordre mondial du 21e siècle pour le bien de nos concitoyens » ! Avec l’Union européenne moribonde ? Sans elle ? On ne sait.

Si Emmanuel Macron n’était qu’un jeune technocrate passé par la banque et soudain projeté dans les rapports de forces internationaux, il y aurait lieu de s’inquiéter en espérant qu’un ministre des Affaires étrangères capable puisse rapidement reprendre la main. Hélas, le président des riches est aussi un homme assez infatué de lui-même pour se définir comme un personnage de roman dans l’entretien qu’il a accordé à « La Nouvelle Revue française ». Après avoir fait observer que les Français « aiment qu’il y ait une histoire », Emmanuel Macron s’exclame qu’il en est « la preuve vivante » et « l’émanation du goût du peuple français pour le romanesque… ». Sans blague !

Plat produit de l’oligarchie autant que des circonstances, Emmanuel Macron se peint en aventurier de la politique porté sur le pavois par un peuple ébloui. C’est Bonaparte aux Folies-Bergères : tout le contraire de l’homme d’Etat soumis à la Constitution pour le service de tous, qui porte une écrasante charge historique et qui doit incarner la froide raison juridique. Ce mépris romanesque du souci politique s’accompagne d’un romantisme adolescent. Levez-vous vite, orages désirés ! Ce qui rend Emmanuel Macron « optimiste », c’est le retour du tragique sur le continent européen qui aurait été engoncé dans son confort petit-bourgeois depuis 1945. Comme si nous avions perdu le sens du tragique pendant la Guerre froide et pendant la guerre d’Algérie, comme si l’éclatement de la Yougoslavie, hier, et l’écrasement du peuple grec n’étaient pas des tragédies !

Un chef d’Etat doit prévenir la tragédie, la tenir à distance. Emmanuel Macron espère les grandes épreuves qui le camperont en personnage héroïque. C’est irresponsable et dangereux. Funeste.

Bertrand RENOUVIN

(1)    Je n’oublie pas les graves erreurs, aux conséquences catastrophiques, commises par François Mitterrand et je ne crois pas à l’aimable fiction du « gaullo-mitterrandisme ».