Emmanuel Macron n’est pas le seul à dire publiquement que les Français sont pourris de vice. Les propos méprisants que l’on tenait naguère dans les cercles fermés de la haute bourgeoisie tombent désormais en cascade sur les gens qui « ne sont rien ».

Le président des riches s’est plaint au Spiegel de notre pays « paralysé par l’envie ». Décidément nous ne sommes rien – rien d’autre que des pécheurs car dans la morale chrétienne l’envie est un péché capital, autrement dit un vice. Il n’est pas étonnant que, dans le « nouveau monde » macronien, des courtisans à l’ancienne emboîtent le pas du chef de cordée et rivalisent dans la sociologie de bas étage. Ainsi Guillaume Perrault, auteur d’un ouvrage à la gloire du conservatisme explique dans Le Figaro (23 octobre) que les Français ont toujours été des envieux, avant comme après la Révolution française, et que nous continuons à cultiver ce vice, même quand on réduit les inégalités. Vraiment, nous sommes trop moches…

En plus, nous sommes nuls. Dans le même journal, Jean-Pierre Robin fustige le « manque de compétences » des Français à partir d’une étude publiée par Patrick Artus, chef des économistes de Natixis. Preuve : nous utilisons trop peu de robots. Donc nous sommes inemployables sur le marché mondial. Or nous revendiquons des salaires élevés, sans rapport avec notre faible technicité. Il faudrait donc que le gouvernement organise une thérapie de groupe à l’échelle nationale afin que nous reconnaissions nos fautes et que nous retroussions enfin nos manches.

Le vieux discours sur la « compétence », qui signifie tout et n’importe quoi, permet de faire oublier les causes monétaires – l’euro – et commerciales – le libre-échange – de la crise économique nationale. Cette embrouille est bien connue de nos lecteurs. En revanche, la thématique de l’envie est nouvelle dans l’espace public et n’est d’ailleurs pas loin du slogan maurrassien : « la démocratie, c’est l’envie ». C’est également une embrouille. Emmanuel Kant – et bien d’autres philosophes – dit que l’envie est cette « disposition qui nous fait voir avec chagrin le bien d’autrui, alors même que nous n’éprouvons nous-mêmes aucun dommage ».

Dans leur majorité, les Français n’envient pas le bien d’autrui parce qu’ils ne connaissent guère les mœurs de la classe dirigeante – sauf s’ils ont lu les Pinçon-Charlot. Ils ne supportent pas que les profits d’une infime minorité soient le fruit d’un système qui leur cause d’immenses dommages.

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Article publié dans « Royaliste » – 2017