Pourquoi tant de jeunes, filles et garçons, et tant d’intellectuels éminents, furent-ils attirés par le maoïsme ? Christophe Bourseiller apporte des réponses qui méritent réflexion.

Passionné par les mouvements marginaux, Christophe Bourseiller prenait deux risques en choisissant d’étudier le maoïsme français. Celui de se perdre et de nous perdre dans la complexité des organisations. Celui de nous lasser en décrivant par le menu les mésaventures d’un révolutionnarisme d’autant plus dérisoire – apparemment – que l’esprit de notre temps semble étranger ou hostile à tout ce qui fascinait la jeunesse des années soixante-dix : la Révolution, le communisme, l’utopie, l’engagement politique, quasi religieux, inspiré par la grande promesse hégélienne et marxiste.

Or ce livre (1) est une réussite. Sans négliger le moindre groupuscule, ni la plus pichrocholine des tactiques, Christophe Bourseiller campe le décor (2), rappelle les généalogies, donne à respirer le parfum de l’époque et nous entraîne sur les sentiers de la dialectique, vers Pékin et Tirana, là où brillait encore le soleil rouge de l’espérance révolutionnaire.

Au début, on craint de lire un de ces récits au goût de cendre, celui des illusions perdues, des flagellations équivoques, des règlements de comptes sournois. Mais on trouve ou on retrouve comme un air de jeunesse, sans que ce passé soit pour autant glorifié. Le souffle du récit tient à l’attitude de l’auteur : Christophe Bourseiller a de la sympathie pour les personnages, de la distance quant aux événements et une grande indifférence à l’égard de l’idéologie motrice du maoïsme.

Ce qui permet à l’auteur de souligner un point capital : le maoïsme fut une idéologie vide qui abrita des espérances et des utopies contradictoires et qui devint ainsi un des creusets de la transformation culturelle de la société française. On comprend dès lors pourquoi les maoïstes ont marqué leur temps et continuent d’influencer le nôtre. Car la plupart, quoi qu’on en dise, sont restés fidèles, mais sous d’autres formes, à leur engagement initial pour le service de la justice et de la liberté.

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(1) Christophe Bourseiller, Les maoïstes – La folle histoire des gardes rouges français, Plon, 1996.

(2) Avec, parfois, un coup de pinceau de trop : évoquant la réunion de 1975 où gaullistes de gauche, maoïstes et royalistes manifestèrent leur solidarité avec le tiers-monde, l’auteur affuble les militants de la NAR d’une tenue paramilitaire qu’ils n’ont jamais portée.

Article publié dans le numéro 674 de « Royaliste » – 1996