Le candidat Sarkozy s’était bien gardé de lancer le débat sur la réintégration de la France dans l’OTAN : il y aurait perdu sa posture patriotique et l’élection.

Il y a eu mensonge. Mensonge efficace et vite avoué.

Dès le 26 août, le démagogue a dévoilé ses véritables projets, discrètement, lors de la conférence des Ambassadeurs : réduction de la politique étrangère de la France à la lutte contre l’immigration clandestine ; recopiage des mots d’ordre publiés par les plus extrémistes des néo-conservateurs américains (1).

Telle fut l’amorce d’un reniement qui s’est depuis précisé : le « tournant américain » que nous avions alors dénoncé conduit à l’alignement sur la stratégie occidentaliste (2) de lutte contre un islamisme conçu comme un bloc dans lequel on trouve Al-Qaïda, les dirigeants iraniens, les arabo-musulmans… L’amalgame est absurde : les musulmans dont on parle se font la guerre – chiites contre sunnites, chiites contre chiites en Irak, Turcs contre Kurdes, Fatah contre Hamas… Il suffit de regarder la télévision pour s’en apercevoir.

De fait, il ne s’agit pas d’un simple « tournant américain », en lui-même inacceptable mais qui ne nous sortait pas du débat raisonné. Nous avons affaire à des gens qui ne peuvent pas exister sans se donner des ennemis et qui adhérent à la théorie de l’Ennemi qui se trouve sur le marché. A l’époque de la guerre froide, il y eut l’idéologie de la « défense de l’Occident » face au « marxisme oriental ». Les fusées soviétiques étaient alors braquées sur les Etats-Unis et l’Europe de l’Ouest et il y avait un débat politique, rationnel, sur les moyens de s’en protéger. La protection de l’OTAN étant largement illusoire, le général de Gaulle eut raison de choisir une force nationale de dissuasion nucléaire « tous azimuts » et de nous placer, contre l’occidentalisme, dans la perspective de l’Europe de l’Atlantique à l’Oural. Il y eut alors des débats solidement argumentés.

Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy veut entraîner la France et les Français dans une série de régressions absurdes et dangereuses.

– Américanophilie infantile contre laquelle l’antiaméricanisme classique sera inopérant.On ne combat pas une rêvasserie par un réflexe.

– Passéisme géostratégique : l’OTAN n’a plus de raison d’être depuis la disparition de l’Union soviétique.

– Archaïsme guerrier : l’échec de l’armée américaine en Irak et en Afghanistan s’explique par une conception technologique de la guerre qui avait sa pertinence face à des armées classiques mais qui est désastreuse sur des territoires compliqués et dans des conflits asymétriques – là où les conditions du retour à la paix sont essentiellement politiques, là où les technologiques simples peuvent être efficacement utilisées contre des armements très perfectionnés.

– Déni de réalité : les Américains n’ont pas tiré les leçons de la défaite soviétique en Afghanistan, de l’échec des bombardements de la Yougoslavie en 1999, des cruelles déconvenues de Tsahal lors de la guerre du Liban… En réintégrant l’OTAN, nous allons adopter une stratégie qui est inopérante contre le terrorisme et qui suscite la haine des populations qu’on prétend sauver. Nous sommes déjà dans ce piège en Afghanistan et Nicolas Sarkozy, qui ne voit rien, qui ne comprend rien, va envoyer mille hommes supplémentaires dans une guerre perdue. La France ne pourra pas jouer son jeu en Asie centrale.

– Niaiserie politique : jamais les Américains ne laisseront des commandements importants aux Français et nos soldats seront employés comme supplétifs dans les combats désespérés d’une puissance en déclin.

– Reniement : la France deviendra une nation alignée qui perdra de ce fait l’immense crédit dont elle bénéficie dans le monde. Au sommet de l’OTAN à Bucarest, Nicolas Sarkozy s’est placé dans la posture de soumission des politiciens atlantistes de la 4ème République. Tout à coup, il s’est mis à défier les Russes en approuvant l’installation du « bouclier anti-missiles » et en souhaitant l’intégration de la Géorgie et de l’Ukraine dans l’OTAN.

Nous entrons en campagne contre la réintégration dans l’OTAN. Il faut que des Français nombreux et déterminés obligent Nicolas Sarkozy à renoncer à ce funeste alignement.

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(1) Cf. l’article d’Yves La Marck, Royaliste n° 909, page 5.

(2) Cf. Emmanuel Todd, site Marianne2.fr

Editorial du numéro 924 de « Royaliste » – 2008